Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE V, SCENE V.

*29

PRUSIAS.

Il taul donc se résoudre à tout ce quil mordonne,

Lui rendre Nicomède avecque ma couronne :

.le nai \wint dautre choix; et, sil est le plus fort,

Je dois à son idole ou mon sceptre ou la mort.

FLAMINIUS.

Seigneur, quand ce dessein auroit quelque justice,

Est-cc à vous dordonner que ce prince périsse ?

Quel pouvoir sur ses jours vous demeure permis?

C'est lotage de Rome, et non plus votre fils 1 :

Je dois men souvenir quand son père loublie.

Cest attenter sur nous quordonner de sa vie ;

Jen dois compte au sénat, et ny puis consentir.

Ma galère est au port toute prête à partir ;

Le palais y répond par la porte secrète :

Si vous le voulez perdre, agréez ma retraite;

Souffrez que mon départ fasse connoître à tousQue Rome a des conseils plus justes et plus doux;

Et ne lexposez pas à ce honteux outrageDe voir à ses yeux même immoler son otage.

ARSINOE.

Me croirez-vous, seigneur, et puis-je mexpliquer?

PRUSIAS.

Ah! rien de votre part ne sauroit me choquer *;

Parlez.

AHSINOÈ.

Le ciel minspire un dessein dont jespèreEt satisfaire Rome et ne vous pas déplaire.

Sil est prêt à partir, il peut en ce momentEnlever avec lui son otage aisément :

Cette porte secrète ici nous favorise.

Mais, pour faciliter dautant, mieux lentreprise,Montrez-vous à ce peuple, et, flattant son courroux,

1. Tout ce discours de Flaminius est une conséquence de son carac-tère artificieux parfaitement soutenu : mais remarquez que jamais desraisonnements politiques ne font un grand effet dans un cinquièmeacte, tout doit être action ou sentiment, la terreur et la pitiédoivent semparer de tous les cœurs. (V.)

2 On sent assez que cette manière de parler est trop familière. Jepasse plusieurs termes déjà observés ailleurs. (Y.)