ACTE V, SCENE V.
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PRUSIAS.
Il taul donc se résoudre à tout ce qu’il m’ordonne,
Lui rendre Nicomède avecque ma couronne :
.le n’ai \wint d’autre choix; et, s’il est le plus fort,
Je dois à son idole ou mon sceptre ou la mort.
FLAMINIUS.
Seigneur, quand ce dessein auroit quelque justice,
Est-cc à vous d’ordonner que ce prince périsse ?
Quel pouvoir sur ses jours vous demeure permis?
C'est l’otage de Rome, et non plus votre fils 1 :
Je dois m’en souvenir quand son père l’oublie.
C’est attenter sur nous qu’ordonner de sa vie ;
J’en dois compte au sénat, et n’y puis consentir.
Ma galère est au port toute prête à partir ;
Le palais y répond par la porte secrète :
Si vous le voulez perdre, agréez ma retraite;
Souffrez que mon départ fasse connoître à tousQue Rome a des conseils plus justes et plus doux;
Et ne l’exposez pas à ce honteux outrageDe voir à ses yeux même immoler son otage.
ARSINOE.
Me croirez-vous, seigneur, et puis-je m’expliquer?
PRUSIAS.
Ah! rien de votre part ne sauroit me choquer *;
Parlez.
AHSINOÈ.
Le ciel m’inspire un dessein dont j’espèreEt satisfaire Rome et ne vous pas déplaire.
S’il est prêt à partir, il peut en ce momentEnlever avec lui son otage aisément :
Cette porte secrète ici nous favorise.
Mais, pour faciliter d’autant, mieux l’entreprise,Montrez-vous à ce peuple, et, flattant son courroux,
1. Tout ce discours de Flaminius est une conséquence de son carac-tère artificieux parfaitement soutenu : mais remarquez que jamais desraisonnements politiques ne font un grand effet dans un cinquièmeacte, où tout doit être action ou sentiment, où la terreur et la pitiédoivent s’emparer de tous les cœurs. (V.)
2 On sent assez que cette manière de parler est trop familière. Jepasse plusieurs termes déjà observés ailleurs. (Y.)