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NICOMEDE.
Vmusez-le du moins à déb ittre avec vous 1 2 ;
Faites-lui perdre temps, tandis qu’en assuranceI.a galère s’éloigne avec son espérance.
.S’il force le palais, et ne l’y trouve plus,
Vous ferez comme lui le surpris, le confus 5 ;
Vous accuserez Rome, et promettrez vengeanceSur quiconque sera de son intelligence.
Vous envoîrez après, sitôt qu’il sera jour,
Et vous lui donnerez l’espoir d’un prompt retour,
Où mille empêchements que vous ferez vous-même 3Pourront de toutes parts aider au stratagème 4 .Quelque aveugle transport qu’il témoigne aujourd’hui,(1 n’attentera rien tant qu’il craindra pour lui,
Tant qu’il présumera son effort inutile.
Ici la délivrance en paroît trop facile;
Et s’il l’obtient, seigneur, il faut fuir vous et moi :
S’il le voit à sa tête, il en fera son roi;
Vous le jugez vous-même.
nasus.
Ali! j’avouerai, madame,Que le ciel a versé ce conseil dans votre ame r >.Seigneur, se peut-il voir rien de mieux concerté?
1 Débattre est un verbe réfléchi qui n’emporte point son action aveclui : il en est ainsi de plaindre , souvenir ; on dit, se plaindre, se sou-venir, se débattre ; mais quand débattre est actif, il faut un sujet, unobjet, un régime : nous avons débattu ce point, cette opinion fut dé-battue. (V.)
2 C’est un vers de comédie ; et le conseil d’Arsinoé tient aussi unpeu du comique. (V.)
3 ... Mille empêchements que vous ferez vous-même...
n’est ni noble ni français ; on ne fait point des empêchements. (V.)
V Le roi et son épouse, qui, dans une situation si pressante, ont restési longtemps paisibles, se déterminent enfin à prendre un parti ; maisil paraît que ]e lâche conseil que donne Arsinoé est petit, indigne dela tragédie ; et ces expressions, J'oi're le surpris, le confus, sitôt qu’ilsera jour, et fuir vous et moi, sont d’un style aussi lâche que le con-seil. (V.)
5 C'est là que Prusias est plus que jamais un vieillard de Molière,qui ne sait quel parti prendre, et qui trouve toujours que sa femme araison. (Y.}