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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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436 SIÎRTORIUS.

Marius ni Carbon n’eurent point de scrupules ;

Jamais Sylla, jamais...

PERPENNA.

Sylla ni Marius

N’ont jamais épargné le sang de leurs vaincus 1 ;

Tour à tour la victoire, autour d’eux en furie,

A poussé leur courroux jusqu’à la barbarie;

Tour à tour le carnage et les proscriptionsOnt sacrifié Rome à leurs dissensions 2 : .

Pompée, qu’il ne faut jamais étaler ces dogmes du crime ; que cessentences triviales, qui enseignent la scélératesse, ressemblent trop àdes lieux communs d’un rhéteur qui ne connaît pas le monde. Non-seulement de telles maximes ne doivent jamais être débitées, maisjamais personne ne les a prononcées, même en fesant un crime, ou enle conseillant. C’est manquer aux lois de l’honnêteté publique et auxrègles de l’art ; c’est ne pas connaître les hommes, que de proposer lecrime comme crime. Voyez avec quelle adresse le scélérat Narcissepresse Néron de faire empoisonner Britannicus : il se garde bien derévolter Néron par l’étalage odieux de ces horribles lieux communs,qu’un empereur doit être empoisonneur et parricide, dès qu’il y va deson intérêt; il échauffe la colère de Néron par degrés, et le dispose,petit à petit à se défaire de son frère, sans que Néron s’aperçoive mêmede l’adresse de Narcisse; et, si ce Narcisse avait un grand intérêt àla mort de Britannicus, la scène en serait incomparablement meilleure.Voyez encore comme Acomat, dans la tragédie de Bajazet, s’ex-prime, en ne conseillant qu’un simple manquement de parole à unefemme ambitieuse et criminelle :

Et d’un trône si saint la moitié n’est fondéeQue sur la foi promise et rarement gardée.

Je m’emporte, seigneur...

.11 corrige la dureté de cette maxime par ce mot si naturel et si adroit,je m'emporte. Le reste de cette première scène est beau et bien écrit.On ne peut, ce me semble, y reprendre qu’une seule chose, c’est qu’onne sait point que c’est Perpenna qui parle ; le spectateur ne peut ledeviner. Ce défaut vient en partie de la mauvaise habitude où nousavons toujours été d’appeler nos personnages de tragédie, seigneurs.C’est un nom que les Romains ne se 'donnèrent jamais. Les autres na-tions sont en cela plus sages que nous. Shakespeare et Addison appel-lent César, Brutus, Caton, parleurs noms propres. (V.)

1 On ne dit point mon vaincu, comme on dit mon esclave, monennemi. (V.)

2 Le carnage qui a sacrifié Rome aux dissensions, quelle incorrec-tion ! quelle impropriété ! et que ce défaut revient souvent ! ( V.)