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ACTE I, SCÈNE 111.
Tandis qu’en l’esclavage un autre hymen l'abîme 1 .
Mais, seigneur, je m’emporte, et l’excès d’un tel heurMe fait vous en parler avec trop de chaleur.
Tout mon bien est encor dedans l’incertitude 2 :
Je n’en conçois l’espoir qu’avec inquiétude;
Et je craindrai toujours d’avoir trop prétendu,
Tant que de cet espoir vous m’ayez répondu 3 .
Vous me pouvez d’un mot assurer ou confondre.
SEHTORIÜS.
Mais, madame, après tout, que puis-je vous répondre ?
De quoi vous assurer, si vous-même parlezSans être sûre encor de ce que vous voulez ?
De votre illustre hymen je sais les avantages ;
J'adore les grands noms que j’en ai pour otages,
Et vois que leur secours, nous rehaussant le bras,
A'uroit bientôt jeté la tyrannie à bas 4 :
s’emploie que pour exprimer les choses qui élèvent l’ame : une penséesublime, un discours sublime. Cependant, pourquoi ne pas appeler dece nom tout ce qui est élevé 1 ? On doit, ce me semble, accorder à lapoésie plus de liberté qu’on ne lui en donne. C’est surtout aux bonsauteurs qu’il appartient de ressusciter des termes abolis, en les pla-çant avantageusement. Mais aussi remarquons que rang sublime vautbien mieux que grandeur sublime : pourquoi? c’est que sublimejoint avec rang est une épithète nécessaire ; sublime apprend que cerang est élevé; mais sublime est inutile avec grandetir. Ne vousservez jamais d’épithètes que quand elles ajouteront beaucoup à lachose. (V.)
1 Le mot d 'abîme ne convient point à l’esclavage. Pourquoi dit-on, abimé dans la douleur, dans la tristesse, etc. ? c’est qu’on y peutajouter l’épithète de -profonde ; mais un esclavage n’est point profond ;on ne saurait y être abîmé. Il y a une infinité d’expressions louches,qui font peine au lecteur ; on en sent rarement la raison, on ne lacherche pas même ; mais il y en a toujours une, et ceux qui veulentse former le style doivent la chercher. (V.)
2 II semble que son bien consiste à être incertaine. Quand on dit,tout mon bien est dans Vespérance, on entend que le bonheur consisteà espérer. L’auteur veut dire, tout mon bien est incertain. (Y.)
3 On ne répond point d’un espoir, on répond d’une personne, d’unévénement. Tant que n’est pas ici français en ce sens. |V.)
’* Des noms pour otages , des secours qui rehaussent le bras, et quijettent la tyrannie a bas, sont des expressions trop impropres, troptriviales; ce style est trop obscur et trop négligé. Un secours qui re-