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SERTORIUS.
Mais celte aüentc aussi pourroil se voir trompéeDans i’olïre d’une main qui se garde à Pompée.
Et qui n’étale ici la grandeur d’un tel bien
Que pour me tout promettre et ne me donner rien.
AIUSTIE.
Si vous vouliez ma main par choix de ma personne,
Je vous dirois, seigneur : « Prenez; je vous la donne i;
« Quoi que veuille Pompée, il le voudra trop tard. »
Mais, comme en cet hymen 1 amour n’a point de pari,
Qu’il n’est qu'un pur effet de noble politique,
Souffrez que je vous die, afin que je m’explique,
Que, quand j’aurois pour dot un million de bras,
Je vous donne encor plus en ne l’achevant pas.
hausse le bras n’est ni élégant ni noble ; la tyrannie jetée à bas n’estpas meilleure. Voyez si jamais Racine a jeté la tyrannie à bas. Quoi idans une sc ne ente la femme de Pompée et un général romain, il n’ya pas quatre vers supérieurement écrits ! |V.)
1 II semble qu’Aristie ne doit point dire à Sertorius : Si vousm’aimiez, je voua épouserais. Ce n’est point du tout son intention dé-faire des coquetteries à ce vieux général : elle ne veut que se vengerde Pompée. Il est vrai que ces mariages politiques ne peuvent faireaucun effet au théâtre ; ce sont des intrigues, mais non pas des in-trigues tragiques. Le cœur veut être remi é, et tout ce qui n’est quepolitique est plutôt fait pour être lu dans l’histoire que pour êtrereprésenté dans la tragédie. Plus j’examine les pièces de Corneille, etplus je suis surpris qu'après le prodigieux succès du Cid il ait presquetoujours renoncé à émouvoir. Je ne peux m'empêcher de dire ici que,quand j’ai pris la résolution de commenter les tragédies de Corneille,un homme qui honore sa haute naissance par les talents les plus dis -tingués m’écrivit: Vous prenez donc Tacite et Tile-Live pour despoètes tragiques ? En effet, Sertorius et tontes les pièces suivantes sentplutôt des dialogues sur la politique, et des pensées dans le goût et nondans le style de Tacite, que des pièces de théâtre : il fai t bien distin-guer les intérêts d’Etat et les intérêts du cœur. Tout ce qi i n’est j ointfait pour remuer fortement î’ame n’est pas du genre de la tragédie : leplus grand défaut est d’être froid. (V.) — Si ces pensées, sans être dustyle de Tacite, sont cependant, comme Voltaire le reconnoît, dans legoût de Tacite, il ne falloit pas dire que les plus méprisables écrivainsde l’autre siècle n’avoient rien écrit de si ridicule et de si plat que lesdernières pièces de Corneille : car ces écrivains ne pensoient pas mieuxqu’ils ne s’exprimoient ; et, à leur égard, Corneille demeure toujours àune distance incommensurable. (P.)