SERTORIUS.
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Sertorius, lui seul digne de Viriate,
Mérite que pour lui tout mon amour éclate.
Fais-lui, fais-lui savoir le glorieux desseinDe m’affermir au trône en lui donnant la main :
Dis-lui... Mais j’aurois tort d'instruire ton adresse *,
Moi qui connois ton zèle à servir ta princesse.
TIIAMIRE.
Madame, en ce héros tout est illustre et grand ;
Mais, à parler sans fard, votre amour me surprend.
Il est assez nouveau qu’un homme de son âgeAit des charmes si forts pbur un jeune courage.
Et que d’un front ridé les replis jaunissantsTrouvent l’heureux secret de captiver les sens 2 .
iui î est un vers digne de Corneille. Il faudrait, pour que ce vers fit soneffet, qu’il fût pour un jeune héros aimable, et non pas pour un vieuxsoldat de fortune. (V.)
* Peut-être le mot d 'adresse est il plus propre au comique qu’au-tragique dans cette occasion. (V.)
2 Des charmes si forts pour un jeune courage, des replis jaunissantsd'un front qui trouvent le secret de captiver les sens. Discours de sou-brette, sans doute, plutôt que delà confidente d’une reine; mais dis-cours qui rendent Yiriate un personnage intolérable à quiconque a unpeu dégoût. Ces replis jaunissants, et cette pudeur de Yiriate, et cehéros si cher que Thamire connaît, l'ont un étrange contraste. Rien11'est plus indigne de la tragédie. La réplique de Yiriate me paraît ad-mirable. Je ne voudrais pourtant pas qu’une reine parlât des sens.Racine, qu'on regarde si mal à propos comme le premier qui ait parléd’amour, mais qui est le seul qui en ait bien parlé, ne s’est jamaisservi de ces mots, les sens. Y oyez la première scène de Pulchérie. (Y.;— Peu de personnes avoient observé cette délicatesse de Racine; etvéritablement il s’est interdit, m 'me dans la tragédie de Phèdre , l’usagede ce mot, que son sujet sembloit amener si naturellement. C’est unedifficulté qui n’étoit pas aisée à vaincre, et que pourtant il a surmonté-.'dans tout le rôle de Phèdre, qui est un des chefs-d’œuvre de notrethéâtre. Mais, pareeque Racine s’est interdit cette expression, il y au-roit trop de rigueur à la condamner dans ces beaux vers de Yiriate.Voltaire, dans Œdipe , a fait dire à Jocaste :
Tu sais qu’à mon devoir tout entière attachée4’ètouiîai de mes sens la révolte cachée.
Elle ajoute, à quelques vers de distance, dans la même scène :
Ce n’était point, Egine, un feu tumultueux,
De mes sens cncltaiitcs enfant impétueux,