3l
ACTE U, SCÈNE I. 175
VIRIATE.
Ce ne sont pas les sens que mon amour consulte :
Il hait des passions l’impétueux tumulte;
Et son feu que j’attache aux soins de ma grandeurDédaigne tout mélange avec leur folle ardeur.
J’aime en Sertorius ce grand art de la guerreQui soutient un banni contre toute la terre;
J’aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers,
Ce front qui fait trembler les plus braves guerriers,
Ce bras qui semble avoir la victoire en partage.
L’amour de la vertu n’a jamais d’yeux pour l’âge :
Le mérite a toujours des charmes éclatants;
Et quiconque peut tout est aimable en tout temps
TIIAMIRE.
Mais, madame, nos rois, dont l’amour vous irrite,
N’ont-ils tous ni vertu, ni pouvoir, ni mérite 1Et dans votre parti se peut-il qu’aucun d’euxN’ait signalé son nom par des exploits fameux?
Celui des Turdelans, celui des Celtibères,
Souliendroient-ils si mal le sceptre de vos pères'?...
VIRIATE.
Contre des rois comme eux j’aimerois leur soutien ;
Mais contre des Romains tout leur pouvoir n’est rien.
Rome seule aujourd’hui peut résister à Rome :
11 faut pour la braver qu’elle nous prête un homme 2 ,
Et que son propre sang en faveur de ces lieux
et personne ne s’en est scandalisé. Il ne faut rien outrer, même enmatière de bienséance. (P.)
1 Ces sentiments de Viriate £ontles seuls qu’elle aurait dû exprimer.Il ne fallait pas les affaiblir par cette pudeur et Ce héros si cher. (Y.-
2 C’est dommage qu’un aussi mauvais vers suive ce vers si beau :
Rome seule aujourd'hui peut résister à Rome.
C'est presque toujours la rime qui amène les vers faibles, inutiles etrampants, avant ou après les beaux vers. On en a fait .souvent*]a re-marque. Cet inconvénient attaché à la rime a fait naître plus d’unefois la proposition de la bannir; mais il est plus beau de vaincre unedifficulté que de s’en défaire. La rime est nécessaire à la poésie fran-çaise par la nature de notre langue, et est consacrée à jamais par le*ouvrages de nos grands hommes. {V.}