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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE 11 , SCÈNE II. 181

Mais, comme il n'en est plus, je pense m'en devoirOu le pouvoir sans nom, ou le 110m sans pouvoir.

SERTORIUS.

J'adore ce grand cœur qui rend ce qu'il doit rendreAux illustres aïeux dont on vous voit descendre CA de moindres pensers son orgueil abaisséNe soutiendroit pas bien ce qu’ils vous ont laissé.

Mais puisque, pour remplir la dignité royale,

Votre haute naissance en demande une égale,

Perpenna parmi nous est le seul dont le sangNe mêleroit point d’ombre à la splendeur du rang 2 ;

Il descend de nos rois et de ceux d’Étrurie.

Pour moi, qu’un sang moins noble a transmis à la vie,

Je n’ose m’éblouir d’un peu de 110m fameux 3 ,

Jusqu’à déshonorer le trône par mes vœux 4 .

beau, et tous les sentiments de Viriate ont de la dignité. — Je pense m’endevoir ou le pouvoir sans nom, ou le nom sans pouvoir. Voilà de cesjeux de mots qu'il faut soigneusement éviter; et si on se permet cettelicence, il faut du moins s’exprimer avec netteté et correctement. Sedevoir le pouvoir d’un roi sans nom est un barbarisme et une construc-tion très-vicieuse. (Y.)

1 Cette expression ne parait pas juste ; on ne voit personne descendrede ses aïeux. Racine dit, dans Iphigénie :

Le sang de ces héros dont tu me fais descendre;

mais non pas, le sang dont on me voit descendre. (V.)

2 Qu’est-ce qu’un sang qui ne mêlerait point d’ombre à une splen-deur? Oiî ne peut trop redire que toute métaphore doit être juste étfaire une image vraie. (V.)

% Le mot de peu ne convient point à un nom ; un peu de gloire, unpeu de renommée, de réputation, de puissance, se dit dans toutes leslangues, et un peu de nom , dans aucune. Il y a une grammaire com-mune à toutes les nations, qui ne permet pas que les adverbes de quan-tité se joignent à des choses qui n’ont pas de quantité. On peut avoirplus ou moins de gloire ou de puissance, mais non pas plus ou moinsde nom. V.)

4 II est étrange que Corneille fasse parler ainsi un Romain, aprèsavoir dit ailleurs, pour être plus qu’un roi , tu te crois quelque chose ,et après avoir répété si souvent cette exagération prodigieuse. qu'r7 n’ypoint de bourgeois de Rome qui ne soit au-dessus de tous les rois. Cesmanières si différentes d’envisager la même chose font bien voir quel’archevêque Fénelon et le marquis de Vauvenargues avaient raison de