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ACTE III, SCÈNE II.
Et sais que tout son cœur vous est encor fidèle.Reprenez votre bien ; ou ne vous plaignez plus,Si j’ose m’enrichir, seigneur, de vos refus.
SCÈNE II 1 2 .
POMPÉE, ARISTIE.
POMPÉE.
Me dit-on vrai, madame, et seroit-il possible?...
ARISTIE.
Oui, seigneur, il est vrai que j’ai le cœur sensible ;
Suivant qu’on m’aime ou hait, j’aime ou hais à mon tours,Et ma gloire soutient ma haine et mon amour.
Mais, si de mon amour elle est la souveraine,
Elle n’est pas toujours maîtresse de ma haine ;
Je ne la suis pas même; et je hais quelquefois,
Et moins que je ne veux, et moins que je ne dois.
POMPÉE.
Cette haine a pour moi toute son étendue,
Madame, et la pitié ne l’a point suspendue ;
La générosité n’a pu la modérer.
ARISTIE.
Vous ne voyez donc pas qu’elle a peine à durer ?
Mon feu, qui n’est éteint que parcequ’il doil l’être,
Cherche en dépit de moi le vôtre pour renaître 3 ;
Et je sens qu'à vos yeux mon courroux chancelant
1 Après une scène de politique, il n’est guère possible que jamais unescène de tendresse puisse réussir. Le cœur veut être mené par degrés ;il ne peut passer rapidement d’un sujet à un autre: et toutes les foisqu’on promène ainsi le spectateur d’objets en objets, tout intérêt cesse.C’est une des raisons qui empêchent presque toutes les tragédies deCorneille d’être touchantes. Il paraît qu’il a senti ce défaut, puisqueSertorius et Pompée ont parlé d’Aristie à la fin de la scène précédente,mais ils n’en ont parlé que par occasion. (Y.)
2 Ces vers et les suivants sont un peu du haut comique , et ôtent àla femme de Pompée toute sa dignité. (V.)
3 Ce feu qui cherche le feu de Pompée, ce courroux qui trébuche; enun mot, cette scène entre un mari et une femme ne passerait pas au-jourd’hui. (V.)
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