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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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SERTORIUS.

Que ue pourrez-vous point en tête d’une armée,

Partout, hors de l’Espagne, à vaincre accoutumée!

Et quand Sertorius sera joint avec vous,

Que pourra le tyran? qu’osera son courroux ?

POMPÉE.

Ce n’cst pas s’affranchir qu’un moment le paroîtro 1 ,

Ni secouer le joug que de changer de maître.

Sertorius pour vous est un illustre appui;

Mais en faire le mien, c’est me ranger sous lui;loindre nos étendards, c’est grossir son empire.

Perpenna, qui l’a joint, saura que vous en dire 2 .

Je sers : mais jusqu’ici l’ordre vient de si loin,

Qu’avant qu’on le reçoive il n’en est plus besoin;

Et ce peu que j’y rends de vaine déférence,

Jaloux du vrai pouvoir, ne sert qu’en apparence 3 .

Je crois n’avoir plus même à servir qu’un moment ;

Et, quand Sylla prépare un si doux changement,Pouvez-vous m’ordonner de me bannir de Rome,

Pour la remettre au joug sous les lois d’un autre homme ;Moi, qui ne suis jaloux de mon autoritéQue pour lui rendre un jour toute sa liberté?

Non, non, si vous m’aimez comme j’aime à le croire,

Vous saurez accorder votre amour et ma gloire,

Céder avec prudence au temps prêt à changer,

Et ne me perdre pas au lieu de vous venger.

ABISTIE.

Si vous m’avez aimée, et qu’il vous en souvienne,

Vous mettrez votre gloire à me rendre la mienne.

Mais il est temps qu’un mot termine ces débats.

parlait au cœur avec tant de chaleur, de noblesse, d’élégance, et dansun langage si pur. (V.)

1 Pour que ce vers fût français, il faudrait ce n’est pas être affranch ique le paraître. (V.)

2 Ce vers familier, et la dissertation politique de Pompée avec safemme, augmentent les défauts de cette scène. I.e principal vice estdans le sujet ; et je crois qu’il était impossible de mettre delà chaleurdans cette pièce. (V.)

3 Ze peu de déférence qui est jaloux du pouvoir , et qui sert en ap-parence, est un galimatias qui n’est pas français. (V.)