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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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olo SERTORIUS.

.Uaime, et peut-être plus quon n'a jamais aimé 1 :

M ilgré mon âge et moi, mon cœur sest enflammé.

Jai cru pouvoir me vaincre, et toute mon adresseDans mes plus grands efforts ma fait voir ma foiblesse;

Ceux de la politique, et ceux de lamitié,

Mont mis en un état à me faire pitié.

Le souvenir rnen tue, et ma vie incertaineDépend dun peu despoir que jattends de la reine.

Si toutefois...

THAMIRE.

Seigneur, elle a de la bonté;

Mais je vois son esprit fortement irrité;

Et, si vous mordonnez de vous parler sans feindre,

Vous pouvez espérer, mais vous avez à craindre.

Ny perdez point de temps, et ne négligez rien ;

Cest peut-être un dessein mal ferme que le sien,

La voici. Profitez des avis quon vous donne,

Et gardez-vous surtout quelle ne men soupçonne 2.

1 Ce vers prouve encore que ceux qui ont dit que Corneille dédai-gnait de faire parler damour ses héros se sont bien trompés. Ce versest dautant plus déplacé dans la bouche de Sertorius, quil na riendit jusquici qui puisse faire croire quil ait une grande passion. Rienne déplaît plus au théâtre que les expressions fortes dun sentimentfaible; plus on cherche alors à attacher, et moins on attache. Etquest-ce quune reine qui est sensible à de nouveaux désirs, et quientend des raisons et non pas des soupirs? Et cette suivante qui nen-tend pas bien ce quun soupir veut dire, et qui serait un meilleur tru-chement! Non, jamais on na rien mis de pins mauvais sur la scènetragique. On dira tant quon voudra que cette critique est dure ; je doiset je veux la publier, parceque je déteste le mauvais autant que jido-lâtre le bon. (V.)

2 Profitez de mes avis , mais ne me nommez pas ; discours de sou-brette ridicule. A quoi sert cette froide scène de comédie? Mais il fautremplir son acte, mais il faut donner à un parterre, souvent ignorant,grossier et tumultueux, trois cents vers, pour les cinq sous quonpayait alors. Non, il faut bien plutôt ne donner que deux cents beauxvers par acte que trois cents mauvais. Il ne faut point prostituerainsi lart de la poésie. Il est honteux quil y ait en France un par-terre les spectateurs sont debout, pressés, gênés, nécessairement tu-multueux; peut-être cest encore un mal quon donne des spectaclestous les jours ; sils étaient plus rares, ils pourraient devenir meilleurs :

Yoluptates commendat rarior usus. (V.)