ACTE IV, SCÈNE II.
517
SCÈNE II 1 .
VIRIATE, SERTORIUS, THAMIRE.
VIRIATE.
On m’a dit qu’Arisüe a manqué son projet,
Et que Pompée échappe à cet illustre objet.
Seroit-il vrai, seigneur?
SERTORIUS.
Il est trop vrai, madame ;
Mais, bien qu’il l’abandonne, il l’adore dans l’ame,
Et rompra, m’a-t-il dit, la trêve dès demain,
S’il voit qu’elle s’apprête à me donner la main.
viriate.
Vous vous alarmez peu d’une telle menace?
SERTORIUS.
Ce n’est pas en effet ce qui plus m’embarrasse.
Mais vous, pour Perpenna qu’avez-vous résolu?
VIRIATE.
D’obéir sans remise au pouvoir absolu 2 ;
1 Cette scène remplie d’ironie et de coquetterie semble bien peu con-venable à Sertorius et à Viriate. Les vers en paraissent aussi con-traints que les sentiments. Mais quand on voit ensuite Sertorius qui ditqu’il aime malgré ses cheveux gris, et qu’il a cru qu’il ne lui en coûte-rait que deux ou trois soupirs , Sertorius paraît trop petit. Virate d’ail-leurs lui dit à peu près les mêmes choses qu’Aristie a dites à Pompée.L’une dit : Me voulez-vous î ne me voulez-vous pas 1 l’autre dit :M’aimez-vous t L’une veut que Pompée lui rende sa main ; l’autre,que Sertorius lui donne sa main. Pompée a parlé politique à sa femme;Sertorius parle politique à sa maîtresse. Viriate lui dit : Vous savezque l’amour n’est pas ce qui me presse. L’un et l’autre s’épuisent enraisonnements. Enfin Viriate finit cette scène en disant :
Je suis reine; et qui sait porter une couronne,
Quand il a prononcé, n’aime point qu’on raisonne.
C’est parler à Sertorius, dont elle dépend, comme si elle parlait à sondomestique ; et ce n’aime point qu’on raisonne est d’un comique q\iin’est pas supportable. La fierté est ridicule quand elle n’est pas à saplace. (V.)
2 Obéir sans remise , une offre en l’air, assurer des nœuds, une fréné-sie poussée au dernier éclat. Quels vers! quelles expressions! Et de