ACTE IV, SCENE II.
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SERTORIUS.
Je n’ai donc qu’à mourir en faveur de ce choix 1 :
J’en ai reçu la loi de voire propre voix ;
C’est un ordre absolu qu’il est temps que j'entende.
Pour aimer un Romain, vous voulez qu'il commande ;
Et comme Perpenna ne le peut sans ma mort,
Pour remplir votre trône il lui faut tout mon sort.
I.ui donner votre main, c’est m’ordonner, madame,
De lui céder ma place au camp et dans votre ame.
Il est, il est trop juste, après un tel bonheur,
Qu’il l’ait dans noire armée, ainsi qu’en votre cœur.
J'obéis sans murmure, et veux bien que ma vie...
VIRIATE.
Avant que par cet ordre elle vous soit ravie,
Puis-je me plaindre à vous d’un retour inégalQui tient moins d’un ami qu’il ne fait d’un rival 2 ?
Vous trouvez ma faveur et trop prompte et trop pleine !I.'hymen où je m’apprête est pour vous une gêne!
Vous m’en parlez enfin comme si vous m’aimiez s .
SERTORIUS.
Souffrez, après ce mot, que je meure à vos pieds 4 .
J’y veux bien immoler tout mon bonheur au vôtre :
.Mais je ne puis vous voir entre les bras d’un autre;lit c’est assez vous dire à quelle extrémité,\!e réduit mon amour que j’ai mal écouté.
1 II n’y a guère dans toutes ces scènes d’expression qui soit juste ;mais le pis est que les sentiments sont encore moins naturels. T;nvieux factieux tel que Sertorius doit-il dire à une femme qu’r'è mourraon faveur du choix qu'elle fera d'un autre ? (V.)
2 Ce n’est pas parler français, c’est coudre ensemble, pour rimer,des paroles qui ne signifient rien ; car que peut signifier un retour iué—qal / Que d’obscurités ! que de barbarismes entassés ! et quelle froideur 1
(V.)
3 II n’y a point de vers plus comique. {Y.)
• r » Jamais le ridicule excessif des intrigues amoureuses de nos hérosde théâtre n’a paru plus sensiblement que dans ce couplet, où ce vieuxmilitaire, ce vieux conjuré, veut mourir d’amour aux pieds de sa Vi-riate qu’il n’aime guère. Il s’en est défendu à voir ses cheveux gris;mais sa passion ne s’est pas vue alende, quoiqu’il se fût figuré quede tels déplaisirs ne lui coûteraient que deux ou trois soupirs ; il en-visageait l’csitme de ce chef magnanime . \Y.)