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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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SERTORIUS.

Et je nai jamais su dérober mes succès.

Quelque appui que son crime aujourdhui vous enlève,

Je vous offre la paix, et ne romps point la trêve;

Et ceux de nos Romains qui sont auprès de vousPeuvent y demeurer sans craindre mon courroux.

Si de quelque péril je vous ai garantie,

Je ne veux pour tout prix enlever quAristie,

A qui devant vos yeux, enfin maître de moi,

Je rapporte avec joie et ma main et ma foi.

Je ne dis rien du cœur, il tint toujours pour elle.

ARISTIE.

Le mien savoit vous rendre une ardeur mutuelle;

Et, pour mieux recevoir ce don renouvelé,

Il oubliera, seigneur, quon me lavoit volé.

VIIUATE.

Moi, jaccepte la paix que vous mavez offerte;

Cest tout ce que je puis, seigneur, après ma perte;

Elle est irréparable : et, comme je ne voiNi chefs dignes de vous, ni rois dignes de moi,

Je renonce à la guerre ainsi quà lhyménée 1 ;

Mais jaime encor lhonneur du trône je suis née.

Dune juste amitié je sais garder les lois,

Et ne sais point régner comme régnent nos rois.

Sil faut que sous votre ordre ainsi queux je domine,

Je mensevelirai sous ma propre ruine :

Mais, si je puis régner sans honte et sans époux,

Je ne veux dhéritiers que votre Rome, ou vous ;

Vous choisirez, seigneur; ou, si votre allianceNe peut voir mes États sous ma seule puissance,

Vous navez quà garder cette place en vos mains,

Et je my tiens déjà captive des Romains.

POMPÉE.

Madame, vous avez lame trop généreusePour nen pas obtenir une paix glorieuse;

Et lon verra chez eux mon pouvoir abattu,

Ou jy ferai toujours honorer la vertu 2 .

t Cette tirade de Yiriate est très à sa place, pleine de raison et denoblesse. (V.)

2 Après tant de tragédies peu dignes de Corneille, en voici une