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LE DEPIT AMOUREUX,
GROS-RENÉ.
Viens, viens trotter ton nez auprès de ma colère.
MARINETTE.
Tu nous prends pour une autre, et tu n’as pas affaireA ma sotte maîtresse. Ardez (1) le beau museau ,
Pour nous donner envie encore de sa peau !
Moi, j’aurais de l’amour pour ta chienne de face ?
Moi, je te chercherais? Ma foi ! l’on t’en fricasseDes filles comme nous.
GROS-RENÉ.
Oui 1 tu le prends par là ?
Tiens, tiens, sans y chercher tant de façon, voilàTon beau galand (1) de neige, avec ta nonpareille ;
Il n’aura plus l’honneur d’être sur mon oreille.
MARINETTE.
Et toi, pour te montrer que tu m’es à mépris,
Voilà ton demi-cent d’épingles de Paris,
Que tu me donnas hier avec tant de fanfare.
GROS-RENÉ.
Tiens encor ton couteau. La pièce est riche et rare;
Il te coûta six blancs lorsque tu m’en lis don.
MARINETTE.
Tiens tes ciseaux, avec ta chaîne de laiton.
GROS-RENÉ.
J’oubliais d’avant-hier ton morceau de fromage.
Tiens. Je voudrais pouvoir rejeter le potageQue tu me fis manger, pour n’avoir rien à toi.
MARINETTE.
Je n’ai point maintenant de tes lettres sur moi ;
Mais j’en ferai du feu jusques à la dernière.
GROS-RENÉ.
Et des tiennes tu sais ce que j’en saurai faire.
MARINETTE.
Prends garde à ne venir jamais me reprier.
GROS-RENÉ.
Pour couper tout chemin à nous rapatrier,
Il faut rompre la paille. Une paille rompue
Rend, entre gens d’honneur, une affaire conclue (3).
(t) Arder, abréviation de regarder.
[v.) Du temps de Molière, on disait un galand , pour un nœud deruban.
(ï; L’usage de briser une paille, pour exprimer que tous les sermentssont rompus, remonte 'aux premiers temps de la monarchie. On voit,dès 322, les seigneurs français, convoqués au champ de mai par Charles