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Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
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148 LE DÉPIT AMOUREUX.

Et les traits effrontés...

ASCAGNE.

Ah! souffrez que je die,

Valère, que le cœur qui vous est engagéD’aucun crime envers vous ne peut être chargé ;

Sa flamme est toujours pure et sa constance extrême ;

Et j’en prends à témoin votre père lui-même.

POLinORE.

Oui, mon fds , c’est assez rire de ta fureur,

Et je vois qu’il est temps de te tirer d’erreur.

Celle à qui par serment ton âme est attachéeSous l’habit que tu vois à tes yeux est cachée ;

Un intérêt de bien, dès ses plus jeunes ans,

Fit ce déguisement qui trompe tant de gens,

Et depuis peu l’amour en a su faire un autreQui t’abusa, joignant leur famille à la nôtre.

Ne va point regarder à tout le monde aux yeux.

Je te fais maintenant un discours sérieux.

Oui, c’est elle, en un mot, dont l’adresse subtile,

La nuit, reçut ta foi sous le nom de Lucile,

Et qui, par ce ressort qu’on ne comprenait pas,

A semé parmi vous un si grand embarras.

Mais puisque Ascagne ici fait place à Dorothée,

Il faut voir de vos feux toute imposture ôtée,

Et qu’un nœud plus sacré donne force au premier.

' ALBERT.

Et c’est là justement ce combat singulierQui devait envers nous réparer votre offense,

Et pour qui les édits n’ont point fait de défense.

FOLIDORE.

Un tel événement rend tes esprits confus :

Mais en vain tu voudrais balancer là-dessus.

VALÈRE.

Non, non , je ne veux pas songer à m’en défendre ;

Et si cette aventure a lieu de me surprendre,

La surprise me flatte, et je me sens saisirDe merveille (1) à la fois, d’amour et de plaisir :

Se peut-il que ces yeux...

ALBERT.

Cet habit, cher Valère,

Souffre mal les discours que vous lui pourriez faire.

( i) Anciennement merveille signifiait admiration, étonnement. Mer-veille ne se dit plus de l’admiration elle-même, mais seulement de ce quila produit. (A.)