SCÈNE VI.
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LE MARQUIS»
Quoi! chevalier, est-ce que tu prétends soutenir cettepiftce ?
DORANTE.
Oui, je prétends la soutenir.
I.E MARQUIS.
Parbleu ! je la garantis détestable.
DORANTE.
La caution n’est pas bourgeoise (1). Mais, marquis, parquelle raison, de grâce, cette comédie est-elle ce que tu dis?
LE MARQUIS.
Pourquoi elle est détestable ?
DORANTE.
Oui.
LE MARQUIS.
Elle est détestable, parce qu’elle est détestable.
DORANTE.
Après cela, il n’y a plus rien à dire; voilà son procès fait.Mais encore instruis-nous, et nous dis les défauts qui y sont.
LE MARQUIS.
Que sais-je, moi ? je ne me suis pas seulement donné lapeine de l’ecouter. Mais enfin je sais bien que je n’ai jamaisrien vu de si méchant, Dieu me damne ; et Dorilas, contrequi j’étais, a été de mon avis.
DORANTE.
L’autorité est belle, et te voilà bien appuyé !
LE MARQUIS.
U ne faut que voir les continuels éclats de rire que le par-terre y fait. Je ne veux point d’autre chose pour témoignerqu’elle ne vaut rien.
DORANTE.
Tu es donc, marquis, de ces messieurs du bel air qui neveulent pas que le parterre ait du sens commun, et qui se-raient fâchés devoir ri avec lui, fût-ce de la meilleure chosedu monde? Je vis l’autre jour sur le théâtre un de nos amis,qui se rendit ridicule par là. Il écouta toute la pièce avec unsérieux le plus sombre du monde ; et tout ce qui égayait lesautres ridait son front. A tous les éclats de risée, il haussaitles épaules, et regardait le parterre en pitié; et quelquefoisaussi, le regardant avec dépit, il lui disait tout haut : Risdonc, parterre, ris donc. Ce fut une seconde comédie, que
(i) Façon de parler empruntée de la science du droit. Elle veut direque la caution n'est ni valable ni sûre. (R.'