Buch 
Le philosophe nouvelliste / traduit de l'anglois de Mr. Steele, par A.D.L.C. suivant l'edition d'Amsterdam de 1735
Entstehung
Seite
71
JPEG-Download
 

50

LE PHILOSOPHE

Celui qui plaît, s’entend, abondoit chez la BelleMais avare, empcmée & grondeuse éternelle ,

.Sur des riens, & souvent contre toute raison ,

De cris elle failoit retentir la Maison,

Et du soir au matin c’étoit même musique;

Ce dernier point n’est que sort rarement,

Ou plutôt n’est jamais découvert à l’Amant,

On réserve à l’Epoux ces fleurs de Rhétorique.

Jeanne avoit tant d’attraits, & d’ailleurs tant de bienQue Grégoire amoureux ne s’apperçut de rien ;

On crut qù’il suffisoit des beautés de fa FemmePour immortaliser son bonheur & sa flamme.Cette flamme finit... & son bonheur aussi.

Les premiers jours, tout alloit à merveilles ;Des deux cotez on n’eut d’autre souciQue de se témoigner des tendresses pareilles;

Le même cœur sembloit animer les deux Corps ;C’étoit une union d’Amant & de Maîtresse.

Peu de tems épuisa cette belle tendresse ,

Et tous deux à la fois reconnurent alorsQue les liens étroits du MariageUnissent faiblement les cœurs,

Si le doux rapport des humeursN’en cimente pas l’assemblage.

Jeanne ne deboursoit un sou qu’en enrageantEt lesinoit sur tout, à l’excès ménagère.

Grégoire aimoit le vin, la bonne chere,

Et pour se regaler prodiguoit son argent.

De sa passion favoriteChacun dans la dispute exaltoit le mérite »

La querelle bientôt causa de grands débats.

Les Esprits s’échauffant, ce ne fut que fracas;

Mais