188 • LE PHILOSOPHE
Bouteille. Une seule lettre en sut cause. II cher.'choit le Pin , & il ne voioit dans toute la rue qu’u-ne seule Enseigne, où il y avoit écrit en gros Ca-ractère , le Pain. Enfin il s'avisa de s’informer àun Homme qui ne savoit ni lire ni écrire, & cetHomme qui s’étoit souvent enivré dans cette Au-berge , l’y conduisit tout droit fans avoir égardà Récriture. N’est-ce pas une chose qui fait pitié,que le Savoir nous devienne ainsi préjudiciable?Pourquoi faut-il qu'un Philosophe ait besoin d’unSavetier pour le conduire? Si l'on savoit combiende gens ont souffert depuis (a) l’Union des deuxRoïaumes , pour avoir mal épelé les mots, oupour les avoir mal orthographiés , je fuis assuréque l'on y mettroit bon ordre. Ce qui m’en fâ-che le plus, c'est qu'on pourroit y remedier à peude fraix, & que l’on n’en fait rien.
Tant s’en faut, qu’au contraire le mal s’étendfur d’autres Arts que fur l’Ecriture. Les differensQuartiers de la Ville ne sont pas si bien distinguésl’un de l’autre que l’on ne s’y puisse aisément mé-prendre. j’eus l’autre jour le bonheur de pré-venir un grand vacarme que cette confusion alloít
cau-
(a) Ce’que l’Auteur dit ici est une raillerie assez froidefur la pauvreté' des Ecossois qui n’a pas été diminuée parl’union des deux Roïaumes. Le Peuple y vit d’Oignons& de choses semblables, comme auparavant; & dans laprononciation Ecossaise, il n’y a presque point de diffc-rence entre Union & Oignon. Le C. Mazarin fit rire biendes gens, en disant que la Reine ne vouloir point d’Arrêtd’Oignon, lors qu’on parloit d’unir les Chambres; il pro-nonçoit Union à l’Italiemic, Voy. Idem. de J O L Y ,T«n. I.