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LE PHILOSOPHE
lier passoit ainsi la nuit à soupirer, & le jour àse battre. Toujours armé de pied en cap, & prêtà rompre une lance, il couroit de combats encombats, & cherchoit principalement querelle auxBraves les plus estimés. Car il étoit essentiel àla Chevalerie de haïr le mérite, & dangereux au-près des Cruelles d’en partager la réputation avefcd’autres.
Dans cette vie errante, l’Avanturier ne pou-voit se passer d’un Brave subalterne qui lui servoicà plus d’un usage. 11 étoit le premier confidentde son Maître, II gardoit sa boète au Baume en-chanté pour les plaies, il tenoit son Ecu pendantque le Chevalier mangeoit, si tant est néanmoinsqu’il mangeât. II profitoit enfin de l’absence dece vaillant Champion pour conter au Roi ou àla Princesse l’histoire de sa naissance , & de sesbeaux faits. Ce fidèle Compagnon de voiage &d’avantures portoit le nom d'Ecuïer, L’Emploi,comme on vient de le voir, en étoit important& difficile. De grandes vertus y étoient nécessai-res; il devoit être auífi chaste & courtois qu’un
(a) Huissier de la Chambre, aussi prompt & actif
(b) qu’un Valet d’Ecurie, auísi éloquent & beauparleur qu’un (c) Maître de Cérémonies.
Tels furent les premiers Ecuïers , à ce que nousapprenons dans nos vieilles Chroniques ; Si tels
de-
(3) Dans une Cour galante les Personnes qui ferventà taire les messages, doivent être faites à l’intrigue.
(b) Ces gens-là lourds, & pesants font embarrassez àtout çe qu’ils font,
(c) Ceux-ci ne s’aquittent jamais mieux de leur Em-ploi qu’en ne disant pas un mot.