2sQ
LE PHILOSOPHE
lui-ci n’est accostable qu’à bonnes enseignes. Sesgens vous questionnent fur votre nom & fur vosaffaires, comme si vous étiez en Pays ennemi. A-vez-vous satisfait à leur circonspecte curiosité ? Onvous sait entrer clans une Maison que l’on peutappeller une noble Solitude. Cette Maison est vas.te, & l’on n’y voit presque personne. Le Maî-tre du Logis étoit dans l’enfoncement d’une gran-de Sale, d’où à peine il daigna s’avancer quelquespas pour nous reçevoir. Ce ne fut pas fans nousexaminer des pieds à la tête , comme si notre Phy-sionomie lui eût paru suspecte. Or en cela j’a-vois l’avantage fur lui, le connoiílànt de longuemain pour un Ladre. Auffi je lui en donnai debonnes pendant le peu de tems que nous fumesdans fa compagnie. Sur ce qu’on vint à parlerde la grandeur de fa Maison, & des grands biensqu’on lui donnoit dans le monde, j’eus l’adressede faire venir fur le tapis Mr. Paul, d’en vanterles maniérés, d’en exalter le bonheur. Mr. PAUL,me dit alors AVARON, est m bon homme, & fortriche. Tout le monde ne peut pas faire la figure qidilf nt, fis pour moi je fuis la Maxime qidil faut s'éten-dre filon fin lit. La Maxime est excellente , lui répli-quai-je, fi? vous faites bien de vous y tenir. Chacundoit connoltre fis forces, fis d est sagesse en vous de fai-re moins de dépense , puisque vous rdeti avez pus les mo-yens. Jugez du plaisir que lui fit mon compliment.II en pâlit, ces riches Faquins ne fe plaignent ja-mais que par orgueil, & ne fe disent pauvres quepour avoir le plaisir de fe faire dire qu’ils ne lefont pas. Je ne pouvois donc le mortifier davan-tage qu’en le prenant au mot, & croyant fur fa
parole