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LE PHILOSOPHE
», un sujet íî tragique , je vous divertirois bien,, en vous racontant la figure que faisoit certain», Homme qui mourut au même tems que moi,,, lorsque le Philosophe, dont je vous parlois il,, y a quelque tems, me fit noyer dans une Cu-„ ve d’eau froide. Vous saurez qu’au sortir du,, Monde , les Hommes font distribuez en dif-,, ferentes demeures, selon la maniéré dont ils' ont„ vécu, ou font morts. A Pinstant que je ces„ fois de vivre, j’eus la compagnie d'un Esprit„ qui venoit de perdre son Corps dans un Duel.,, On nous examina tous deux. Quand on fut„ mon Histoire , tout le monde s’attendrit; je vis„ dans tous les yeux des sentimens de bonté &„ de compassion qui me réjouirent. C’étoit à qui,, me feroit Paccueil le plus obligeant, & le plus„ propre à me consoler. On convint tout d’u-„ ne voix que j’étois bien heureux d'avoir perdu„ la vie avant que d’en avoir abusé. On ajou-„ ta, qu’on m’assigneroit un séjour bien éloigné„ de celui de mon Compagnon, étant juste d«,, séparer les Sots des Innocens. Ce n’est pas, dit„ un des Aífistans, qu'il n’y ait une grande affi-„ nité entre un Homme qui n’a fait aucun usage„ de sa Raison pendant une longue vie , & un,, Enfant qui meurt avant que cette Raison íbit,, dévelopée. Mais ce que Pon peut dire à la„ confusion de celui qui se présente, c’est que sa,, Sotife a été volontaire, Sc dès que Pon fait le„ sot à dessein, la Justice veut que Pon en soit», puni. Alors il se fit une grande cohue autour„ de ce mort, & comme on Pavoit vu passer par», la.Porte des fins prématurées , quelqu’un lui de-
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