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Le philosophe nouvelliste / traduit de l'anglois de Mr. Steele, par A.D.L.C. suivant l'edition d'Amsterdam de 1735
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LE PHILOSOPHE

après en avoir passe quatre dans la Compagniela plus fade qu’il puisse y avoir dans la Ville. Lesdeux principaux tenans étoient un Critique, & unBel Esprit, tous deux toujours opposez dans laDispute, qivoi qu’assez semblables pour l’humeur& pour les talens. Celui-ci fait profession de ju-ger des choses en Homme d’esprit, celui-là d’enparler spirituellement, en quoi l’un & l’autre té-moigne le même défaut de jugement; le premieren ce qu’il en fait un usage excessif, & le dernieren ce qu’il le néglige trop.

J’ai toujours remarqué que le Critique est leplus sot de tous les Hommes. S’accoûtumant àexaminer tout, important ou non, il ne considé-ré jamais rien que pour en porter un arrêt défi-nitif: de forte que vous trouvez toujours dans íâCompagnie un Censeur, & jamais un Egal. Lesbagatelles deviennent sérieuses entre ses mains, &les affaires les plus indifférentes se traitent touteschez lui avec la derniere chaleur. Veut - il faireun Discours, ou composer un Ouvrage? Cettefaculté de l’ame qui devroit bonifier les autres lesempêche d’agir. C’est un Soldat qui vient dansla mêlée le casque en tête & fans Epée. II esten fureté; mais il ne peut aquerir de gloire.

De l’autre côté le Bel Esprit se laisse si sortentraîner à son Imagination, que le jugement enest absorbé. II se croit dans l’obligacion d’êtreaussi gai que le précédent d’être serieux. Le Cri-tique est donc une espece de Puritain dans lemonde poli. Car comme l’Enthousiaste, en faitde Religion, trouve un sujet de scandale dans leschoses les plus ordinaires, si l’on ne lui peut pas