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LE PHILOSOPHE
le bonheur de la vie , nous réexaminions rienquand il s’agit d’entrer en marché avee un Hom-me qui peut en avoir trahi mille autres avant quede nous rechercher?
Tout ce désordre ne vient après tout quede la sotte opinion qui a établi,' qu’il nous esthonteux d’ètre dupées, & qu’il n’est point hon-teux aux Hommes de nous duper. Mais puisquecette opinion, toute impertinente , toute injustequ’elle est, régné par tout, je voudrois bien sa-voir pourquoi Meilleurs les Hommes nous sontun crime d’user de quelque artifice avec des Im-posteurs de profession? Quoi ! les sermens, les im-précations, les vœux, les protestations d’un amouréternel ne seront dans leur bouche que des termesde l’art pour nous seduire, & il ne nous fera paspermis d’avoir recours à la ruse pour nous défen-dre des pièges que ces perfides nous tendent? Pourmoi, j’ai pris mon parti. Tout ce qu’ils me di-ront, entrera par une oreille & sortira par l’autre;je me rirai de toutes leurs sornettes, & s’ils nedébutent par le Mariage, ce fera peine perdue.
On s’étonnera peut - être de la résolution quej’ai prise, n’ayant guére plus de vingt ans. Maison (aura que j’ai dé j a l’experience requise pourjuger du cœur humain. Avec peu de bien, assezd’esprit, & une grande beauté , ( si mon Miroir& les Soupirans ne me flattent pas,) les dangersauxquels ma Vertu s’est vue exposée n’ont pas étémédiocres. Si mon histoire importe à l’instructi-on du Public, je fuis toute prête à la raconter.
Je n’avois que seize ans , lorsque je fis con-noiíîànce avec une Dame qui s’est aquise beau-coup