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Tome second. AL - AOU.
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le langage noble & Familier de la cour& du monde , sans s’élever jissqu’au tonbourgeois ; donner à chacun îa couleur& la nuance qui lui est propre , & con-server sans monotonie cette analogie con-stante , dans le degré de noblesse óu drsimplicité qui lui convient: voilà 1 ex-trême difficulté.

A mesure qn’une langue se polit , &que le goût s’épure , les divers styless’aflfbibT.ssent, ftlenr cercle se rétrécit.Le goût leur faiiànt le partage des ter-mes & des tours propres à chacun d’eux ,une partie de la langue est réservée à cha-cune des classes dont nous avons parlé ,une partie aux arts & aux sciences, unepartie an barreau, une partie à la chaire& aux ouvrages mystiques ; la prosemême est obligée de céder aux vers unefoule d'expressions hardies & fortes quil’auroient animée , ennoblie , élevée,fi Tissage les y eût admises.

Bien des gens regrettent la langue d’A-miot & de Montagne, comme pins riche& plus féconde : c’est qu’elle admettoíttous les tons. Les écrivains font au-jourd’hui les esclaves de Tissage ; Amiot& Montagne en étoient les rois.

On a prétendu que la diversité des tonsdans le langage , tenoit à la distinctionmarquée des différentes classes de ci-toyens dans une monarchie. Si cela est ,heureux Técrivain dont la langue est cel-le d’une république !

La même raison nous fait porter envieaux anciens. Peut-être leur langue avoit-elle des tons avili variés que la nôtre.Mais la gêne à laquelle ils étoient sou-mis par rapport à Y analogie, n’est passensible pour nous. Presque rien ne noussemble bas dans les écrits des Grecs &des Latins ; les nuances délicates nouséchappent , les inégalités du style ontdisparu dans Téloignement. Nous som-mes bien juges des choses, mais nous nele sommes pas des mots ; & ce n’estgnere que fur parole que nous croyonsTérence & Horace plus élégans quePlante & Juvénal.

Il y a de plus entre l’expreffion & lapensée , une autre espece d'analogie , &celle - ci est donnée ou par la nature oupar Thabitude.

Quand lk parole exprime un objet qui,Comme elle , affecte l’oreille, elle peutimiter ke sons par des sens , la vitesse

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par la vitesse , & la lenteur avec desnombres analogues. Des articulationsmolles-, faciles & liantes , ou rudes,fermes & heurtées, des voyelles sonores,des voyelles muettes, dessous graves,des sons aigus , & un mélange de cessons plus lents ou plus rapides fur telleon fur telle cadence , forment des motsqui, en exprimant leur objet à Toreille,en imitent le bruit ou le mouvement, onTu n & Tau tre à la fois, comme en latin :boatus , ululatus , frugor , frmiere , fre-mìtns ; en italien , rimbombare , tremare ;en franqois, hurlement, gazouiller, mugir.

C’est avec ces termes inv'tatifs , queTécrivain forme mie succession de Ionsqui par une ressemblance physiqueimitent Tobjet qu’ils expriment :

OIlì inter sese magna vi braehia toBuntIn nnmerum. . . .

Soupire , étend les bras , ferme l'ail. fiss’endort.

Les exemples de cette expression imi-tative font rares , même dans les languesles plus poétiques. On a mille fois citeune centaine de vers latins ou grecs, qnipar le son & le mouvement, ressemblentà ce qu’ils expriment. Mais plût an cielque notre langue n'eût que cet avantageà enviera celles d'Homere & de Virgile IUne analogie plus fréquente dans lespoètes anciens & dans nos bons poètesmodernes , est celle du style qui peint,non pas le bruit ou le mouvement, maisle caractère idéal ou sensible de son ob-jet. Cette analogie consiste non - feule-ment dans Tharmoníe , mais fur-toutdans le coloris. Alors le style n’eft pasTécho, niais Timage de la nature. 11 estdoux & lent dans la plainte , impétueuxdans la colere, rompu dans la fureur.II peint le trouble des esprits comme ce-lui des élémeus.

Illa graves oculos conata attoìlere , rurfùsDéficit. Infixumstridetsub pecíore vulnus.Ter sese attollens cubtfoquc innixa leva-vit ;

Ter revoluta toro est. Oculis errant}*bus alto

Queejìvìt cxlo lucem ,ingemuit que repertá.

Cette forte d’a nalogìe suppose un rap-port naturel, & une étroite correspon-dance du sens de la vue avec celui dsTouie , & de l’un & de Tantre avec lesens intime qui est Torgane des passions.Ce qui est deux à la vue, nous est ra g*