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d’autant plus dangereux, qu’ils auronttous quelque ombre de vraisemblance;qu’ii est ridicule de se livrer à une occu-pation désagréable & pénible,qui ne con-duit qu’à des téiv bres , & de cbcrcherpar la dissection des corps des lumièresqu'o n n’en tirera jamais; que c’est tom-ber dans une lourde faute que de compa-rer une machine animale à une autre ma-chine ; que, quelque composé que soit unouvrage sorti de la main de l’homme, onpeut s’en promettre avec du temps & dela peine une eutiere & parfaite connais-sance ; mais qu’il n’en estpas ainsi des ou-vrages de la nature , & à plus forte raisondu cheF d’œuvre de la Divinité , L qiî’ilfaut, pour développer la formation ri’uncheveu, pins de sagacité qu’iln’yen adans tontes les têtes des hommes ensem-ble. Celui , disent-ils, qui fur le batte-ment du cœur & la pulsation des artè-res , crut qu'íl n’y avoit qu’à porter lescalpel sur un de les semblables, & pé-nétrer d’un œil curieux dans l’intérkurde la machine pour en découvrir les res-sorts , forma de toutes les conjectures laplus naturelle en même temps & la plustrompeuse : l’homme , vu au dedans, luidevint plus incompréhensible que quandil n’en connoissoit que la superficie ; &ses imitateurs dans les siécles à vénir ,mieux instruits fur la configuration , lasituation & la multitude des parties, n’enont été par cette raison que plus incer.tains fur l'économic générale du tout.
Celle sentit la fores de» raisonnemensqu’on faisoít de part & d’autre, & prit unparti moyen : il permit à l’aiiatomifted’ouvrir des cadavres, mais non d’égor-ger des hommes : il voulut qu’on attendîtdu temps & de la pratique les connais-sances anatomiques que t’infpection ducadavre ne pourrait donner; méthodelente , mais plus humaine , dit-on , quecelle d’Hérophile & d’Erasistrate.
Me seroit-il permis d’expofer ce queje pense sur l’emploi qu’on fait ici du fer-me d'humemitt ? Qu'est-ce que ì’humani-té, sinon une disposition habituelle ducœur à employer nos facultés àl’avanta-ge du genre humain ? Cela {'imposé, qu’ad'íuhnmain la dissection d’uo méchant?Puisque vous donnez le nomau méchant qu’ou disséqué, parce qu’ila tourné contre ses semblables des facul-tés qu’il devoit employer à leur avantage,
ANA
comment appellerez-vous l’Erafistrste,qui surmontant fa répugnance en faveurdu genre humain, cherche da us les entrail-les du criminel des lumières utiles ? Quel-le différence mettez-vous entre délivrerde la pierre un honnête homme , & dissé-quer un méchant? l’appareii est le mêmede part & d’autre. Mais ce n.’est pasdans l’appareil des actions, c’est dansleur objet, c’ost dans leurs suites, qu’ilfaut prendre les notions véritables desvices & des vertus. Je ne voudrais êtreni chirurgien , ni anatomiste, mais c’esten moi pusillanimité; & je souhaiteraisque ce fût l’n sage parmi nous d’abandon-ner à ceux de cette profession les crimi-nels a disséquer, & qu’ïls en eussent 1scourage. De quelque maniéré qu’on con-sidéré la mort d’un méchant, elle seroifcbien autant utile à la société au milieud’un amphithéâtre que sur un échafaud ;& ce supplice seroit tout au moins auíïiredoutable qu’un autre. Mais il y auroitun moyen de ménager le spectateur , l’a-natomifte & le patient : le spectateur &l’anatoìr.iste, en n’cffayant sur ! e patientque des opérations utiles, & dont les sui-tes ne feroient pas évidemment funestes :le patient, en ne le confiant qu’aux hom-mes les plus éclairés.& en lui accordant lavie,s’íl réchappoitde l’opération particu-lière qu’on auroit tentée fui-lui. L 'anuto-wie,ìti médecine& la chirurgie-ne trouve-roient-elìes pas aussi leur avantage danscette condition? & n’y auroit-il pisdesoccasions où l’on auroit plus dc lumièresà attendre des fuites d’une opération, quede l’opération même? Quant aux crimi-nels, il n’y en a guere qui ne préférassentune opération douloureuse à une mortcertaine; & qui, plutôt que d’ètre exé-cutés, ne se soumissent, soit à l’injectionde, liqueurs dans le sang , soit à la trans-fusion de ce fluide , & ne se laissassent ouamputer la cuisse dans l’articulation , ouextirper la rate, ou enlever quelque por-tion du cerveau, ou lier les artères mam-maires & épigastriques , ou scier une por-tion de deux ou trois côtes , ou couper unintestin dont on insinuerait la partie su-périeure dans I'inséneure,nuoovvii l’œfo-phage, ou lier les vaisseaux spermatiques,fans y comprendre le nerf,ou essayer quel-qu'autre opération fur quelque viscère.
Les avantages de ces essais suffirontpour ceux qui savent sc contenter de rai-sons }