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Tome second. AL - AOU.
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poètes Athéniens , d’inspirer à chaqueoccasion à leurs concitoyens dé l’horreurpour l’état monarchique, cettescene pa-roîtra excellente. Le poète y trace demain de maître les extravagances -aux-quelles l’esprit despotique d’un tyranpeut induire ses esclaves.

II ne suffit pas, en lisant les ouvragesde goût des anciens , de ne jamais perdrede vue le but auquel ils étoient obligésde subordonner tout le reste; il fautencore avoir constamment sous les yeuxleurs moeurs, leurs loix & leurs usages ;fans cela il n’est pas paisible d’en jugersainement. Si l'on ne considéré pas quelleimportance les Grecs mettoient à leursjeux publics, & fur-tout à la coursedes chevaux , on reprochera à Sophocled’avoir ridiculement donné dans sonEltêire une si longue description d’unepareille course à l’occafion du récit fa-buleux de la mort d’Oreste. Cependantc’est ce morceau-là qui a dû plaire da-vantage à ses spectateurs.

Au siecle d’Homere , l’usage n’étoitpas encore introduit dans la société deparler contre sesfentimens ; on ignoroitce langage que nous nommons le langagede la folitejse. .Chacun s’énonçoit natu-rellement & fans détour ; & celui quiétoit dans le cas de faire quelques re-proches à d’.autres , n’y mettoit. pointd’adoucissementil s’exprimoit ronde-ment, quoiqu’il fût fans aigreur. Ce n’estdonc pas fur les mœurs d'aujourd'huiqu’il faut juger des conversations decette efpece , qu’on retrouve fréquem-ment dans l'Iliade. Comment Homereauroit-il pu peindre une nature qui deson temps n’existoit pas encore ?

Bien des gens ont trouvé étrange quedans ce même poète , ses personnage»observent une gravité singulière dans lasimple conversation , qu'ils s'énoncentavec Formalité, & une efpece de solemenité. Le moindre rapport, lé plus petitmessage qu’un héraut vient faire de', lapart d’un des chefs de farinée , s’yfait avec apparat. ( V. Iliade , 1.1V,v. Í 04 &saivcws. à -JVIaïs cette manière,est précisément dans les mœurs de cestemps-Iài Le poète, en ne la suivant pas^auroit manqué la nature. Ce qu’on blâmeici en lui, ce font donc des beautés bienréelles; lorsqu’on pensera que.chez lesanciens certaines choses qui seroieutau-Towe H. Part, 11.

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jourd'hui de ttès-peu de valeur , étoientd’un tout autre prix , on ne prendra plusHomere & son Achille pour deux enfans,comme on est tenté de le faire , quandon lit de quelle maniéré Minerve tâchede cousoler Achille sur la perte.du butinqu'Agamemnon lui a enlevé.

Un exemple bien propre à faire sen-tir la nécessité de consulter les- mœursdes anciens , pour juger sainement deleurs ouvrages , c’est: le discours queNestor tient aux Grecs dans le secondlivre de l’Jliaie, pour les dissuader delever le siège de Troye : „ je n’esperepas, dit ce vénérable vieillard à. ses sol-dats , qu’aucun de vous retourne, chezfoi, avant d’avoir couché avec la femmed’un Troyen.” Ce seroit aujourd’hui lemotif le plus infâme qu’u n général pûtemployer en pareille circonstance ; &c’est pourtant au plus vieux & au plussage des capitaines grecs qu’Homere faittenir un tel langage.-. Ou auroit néan-moins tort de blâmer ce poète. De sontemps , & dans des temps bien posté-rieurs encore , ç’étoit un usage généra-lement établi , que les babitans d’uneville conquise par les armes devenojentles esclaves de leurs vainqueurs ; queles femmes particulièrement étsientpar-tagées entre ceux-ci, comme faisant par-tie du butin ; . que chacun d'eux s’enchoisiffoit une oii plusieurs -, pour enfaire fa concubine , & que les assiégésdévoient.toujours s’attendre â un pareilfort. Le poète ti’a pas introduit de tellesmœurs , il les a trouvé établies. On enpeut dire autant de cet antre. passaged’Homere , où Agamemnon fait des re-proches à Ménélas de ce qu’il vent rece-voir comme captif Adraste qui s’étoitrendu à lui, & où ce chef des arméestue le malheureux Adraste de fa propremain. Un poète qui de nos jours seroitagir de cette- maniéré le général d’unearmée,, seroit très-blàmable fans doute,mais c’est que dans notre siecle' un*telle action déshonoreroit le général.

Dès qq.’on 11 e périra pis de vue cesconsidérations, qui font indispensablespour juger sainement des ouvrages del’antiquití,; on rendra certainement jus-tice aux .anciens. Nous n’enttâprenons ,à la vérité , point, de soutenir que tousleurs ouvrages soient fans défaut maisce qui nous. semble décidé , c’est qu’en

Q.q