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Tome second. AL - AOU.
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général leur goût étoit pins -naturel &plus mâle que celui de la plupart desmodernes ; qu’à cet égard leurs ouvragesfont de beaucoup préférables aux nôtres ;qu’ils ont été d une utilité plus essen-tielle j qu’ils ont servi plus efficacementî former des esprits mâles ; qu’ils ontmoins obscurci la belle solidité par desornemens accessoires, & que comme lalittérature ancienne s’attachoit moins àla contemplation , & davantage à la pra-tique que la littérature moderne, les ou-vrages des anciens semblent aussi beau-coup plus propres que ceux des derniersliecles , à former des hommes d’état,de bous citoyens, & de braves soldats.Chez les anciens tout étoit pratique ,dans leur maniéré de vivre , & dansleurs arts. Chez nous la morale & lesdevoirs même font un objet de spécu-lation. 11s agissoient, nous nous bornonsà penser. Ils étoient tout sentiment,nous tout esprit.

C’est donc avec grande raison qu’onrecommande la lecture assidue des an-ciens. II est impossible qu’en se familia-risant bien avec eux, le goût & la ma-niéré de penser n’en reçoivent pas unetouche plus belle & plus mâle. Lesanciens travaillaient incomparablementplus pour la perfection pratique de fen-te n douent , que pour l’arnufemcnt del’esprit : ils ne pouffoient pas les senti-jnens au-delà du point où ils sont uti-les. Ces senti mens outrés , au moyendesquels des auteurs modernes ont cher-ché à se faire une réputation, leur étoientinconnus.

Dans les beaux siécles de. la libertégrecque, les arts étoient immédiatementconsacrés au bien de l’ítat & de la re--ligion. Chaque ouvrage avoit son butdéterminé ; ce but dirigeoit les senti-mens de l’artiste , & l’animoit de ce feufans lequel on n’excclla jamais. Les an-ciens alloient droit à.leur but; & commeleurs loix , leurs mœurs, & là naturedu cœur humain étoient Tans cesse sousleurs yeux , ils ne ponvoient guere s’é-garer. Dans la premiere éducation onaccoutumoit déja les jeunes gens à seconsidérer comme des membres de i’é-tat. Ainsi leurs idées se tournoient îlebonne heure vers la vie active , & leursacttons:tendoient;toijjoim au. grand. Dèsqu’tuvjíaine Grec centnianq&UxìLtravaiU

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ler , son premier essai étoit déja pourTétas. - Doit • on s’étonner après cela deretrouver dans tous leurs ouvrages , unevigueur mâle , un jugement mûr , unbut marqué ; caractères qu’on n’apper-gpit que bien rarement dans les ouvragesdes modernes. Notre éducation rétrécitla maniéré de penser de la jeunesse. Cen’est pas la raison , c’est Tissage qu’onlui prescrit de consulter. II n’est permisde parler ou d’agir qu’avec la circon-spection la plus timide, & après s’êtrebien assuré de ne déplaire à personne»Nos jeunes gens ne se considèrent queComme membre d’une famille , savoirplaire aux chefs de leur maison, se faireremarquer en public, & vivre à la mo-de , c’est en quoi Ton fait consister leurplus grand mérite. L’édncation ancienneétoit févere en tout ce qui tenoit auxdevoirs envers la patrie , & indulgenteà Tégard des devoirs qui concernent Inhu-manité en général. Nous renversons cetordre ; auffi n’apperçoit-on que trop cetesprit puérile & rétréci dans les écritsde nos poètes & dc nos orateurs. Leitrsvues s'étendent rarement au-delà du pe-tit cercle de leurs relations.

Si les meilleurs génies ne produisentsouvent que du médiocre, c’eft que l’é-lévation manque à leurs fentimens j c’esten grandeur de sentiment , & non enForce-de génie que les anciens l’empor-tent sur nous, comme Quintilien l'ob-servoit déja de son temps. N'ec enim nostarditatis nattera Atimnavit , fed dicendimntcminius gtntts , £5* tdtrà r.obìs quantopportebttt indulp.mus. Ità non tam ingé-nia iiii nos fuperarimt , quàm propofito.( Instit. -lìf. Il, c.

' "A peine pouvons-nous nous faire uneidée nssez relevée de la grande maniéréde penser des anciens , & de la vigueurmâleï'de leur esprit y ils méritent notreadmiration , & Ton ne peut que leur en-vier la noble liberté de penser,

'Mais-, d’nn autre coté , c’est pousser lavénération pour eux au-de-là de ses jus-tes bornes, que de croire que la formemême qu’ils domioient à leurs ouvrages,doive être notre unique modelé. Ce se»r.oitrs’arnêter à fécorce. Ces formes fontadaptées â leurs mœurs & à lettr fiecle.L’épopée , le drame, l’odc des anciens ,nous. montrent non dans leur antiqueforme, mais dans l’efprit même & dans