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fbînt tin tel état ; tous les momens denotre vie ne peuvent être filés par lesplaisirs. L’étatle plus délicieux a beau-coup d’intervalles languissans. Aprèsque la première vivacité du sentiments’est éteinte, le mieux qui puisse lui ar-river, c’estde devenir un état tranquil-le. Notre bonheur le plus parfait danscette vie , n’eít donc, comme nous sa-vons dit au commencement de cet arti-cle , qu’nn état tranquille semé f« Ulà de quelques plaisirs qui en égaient lefond.
Ainsi la diversité des sentimens desphilosophes fur le bonheur , regarde nonla nature, mais fa cause efficiente. Leuropinion fe réduit à celle d’Epicure quifaifoiteonsister essentiellement lafélicitédans le plaisir, (a) Voyez cet article. Laposselsion des biens est le fondement denotre bonheur,mais ccn’eft pas le bonheurHiême ; car que feroit-ce si les ayant ennotre puisiance, nous n’en avions pasîe sentiment ? Ce fou d’Athenes quieroyoit que tous les vaisseaux qui ar-rivaient au Pirée, lui appartenoient,goûtoit le bonheur des richesses fans lesposleder ; & peut-être que ceux à quices vaisseaux appartenoient véritable-ment , les possédnient fans en avoir deplaisir. Ainsi lorfqu’Aristote fait consis-ter la félicité dans la connoissance & dansl’amour du souverain bien,il a apparem-ment entendu définir le bonheur par sesíondemens , autrement il fe feroit gros-sièrement trompé ; puisque , fi vous sé-pariez le plaisir de cette connoissance &de cet amour, vous verriez -qn’il vousfaut encore quelque chose pour être heu-reux. Les Stoïciens, qui ont enseignéque le bonheur consistoit dans la posses-sion de la sagesse, n’ont pas été si insen-sés que de s’imaginer qu'il falloit séparerde l’idée d n bonheur la satisfaction inté-rieure que cette sagesse leur inspiroit.Leur joie venoítde l’ivresse de leurame,qni s’applaudilsoit d'une Fermeté qu’ellen’avoit point. Tous les hommes en géné-
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ral conviennent nécessairement de cîprincipe; & je ne fais pourquoi il a pluà quelques auteurs de les mettre en op-position les uns avec les autres , tandisqu’il est constant qu’il n’y a jamais euparmi eux uneplusjgrande uniformité desentimens que fur cet article. L’avarene fe repaît que de l’espérance de jouirdeses richesses, c’est-à-dire de sentir leplaisir qu’il trouve à les posséder. II estvrai qu’il n’en use point : mais c’est queson plaisir est de les conserver. II se ré-duit au sentiment de leur possession, ilse trouve heureux de cette façon , &puisqu'il l’est, pourquoi lui contester soubonheur ? chacun n’a-t-il pas droit d’ètreheureux, selon que son caprice en déci-dera ? L’ambitîeux ne cherche les di-gnités que par le plaisir de fe voir élevéau dessus des autres. Le vindicalifne fevengeroit point, s’il n’espéroit de trou-ver sa satisfaction dans la vengeance.
II ne faut point opposer à cette maxi-me qui est certaine , la morale & la re-ligion de J. C. notre légilîateur & eumême temps notre Dieu , lequel n’estpoint venu pour anéantir la nature,maispour la perfectionner. II 11e nous faitpoint renoncer à l’amour du plaisir, &ne condamne point la vertu à être mal-heureuseici-bas.Sa loi est pleine de char-mes & d’attraits ; elle est toute comprisedans l’amour de Dieu & du prochain. Lasource des plaisirs légitimes ne coule pasmoins pour le Chrétien que pour l’hoirt-me profane: mais dans Tordre de la grâ-ce il est infiniment plus heureux par cequ’il espere, que par ce qu’il possede. Lebonheur qn’il goûte ici-has devient pourlui le germe d’un bonheur éternel. Sesplaisirs font ceux de la modération , dela bienfaisance, de la tempérance, de laconscience; plaisirs purs, nobles, spi-rituels , & fort supérieurs aux plaisirsdes sens. V. Pi.AISIR.
Un homme qui prétendrait tellement
(hf) On n’entend pas ici les plaisirs corporels. Epictire plaqoît la Félicité dans lasatisfaction de l’ame & dans l’éloìgnement de la douleur; Aristote dans les opéra-tions de l'ame fondées fur une vertu parfaite ; Platon dans la vertu ; Cicéron dansla jouissance du bien fans mélange de mal: i! penfoit comme Platon & les Stoïciens,à. que la vertu est la source féconde de la vraie félicité.
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