8i4 COU
* COUTUME, HABITUDE , s. k.Gramm. syn ., termes relatifs à des étatsauxquels notre ame ne parvient qu’avecle temps. La coutume concerne l’objet,elle le rend familier; l'habittide a rap-port à faction, elle la rend facile. Unouvrage anquel on est accoutumé coûtemoins de peine ; ce qui est tourné en ha-bitude ïe fait quelquefois involontaire-ment. On s’accoutume aux visages lesplus désagréables, par /’habitude de lesvoir. La continue , ou plutôt l’accou-tumance, naît de l’imiforinite', & Vha-bitude de la répétition.
Coutume , Us âge , Gramm.synon. ,ces mots désignent en général l’ïiabitu-tle de faire une chose : on dit les usa-ges d’un corps & la coutume d’un pays.On dit encore avoir coutume de fairetina chose , & être dans rasage de la faire;telle personne a de l'usage. (O)
Coutume, Mor., disposition habi-tuelle de l'ame ou du corps. Les hom-mes s’entretiennent volontiers de !a for-ce de la coutume , des esters de la na-ture ou de l’opinion ; peu en par-lent exactement. Les dispositions fon-damentales & originelles de chaqueêtre , forment ce qu’on appelle sanature. Une longue habitude peutmodifier ces dispositions primitives ; &telle est quelquefois fa force, qu’elleleur en substitue de nouvelles, plusconstantes , quoiqu’absolument oppo-sées ; de forte qu’eiie agit ensuite commecause premiere, & Fait le fondementd’un nouvel être : d’où est venue cetteconclusion très-littérale , que la cou-tume est une seconde nature ; & cetteautre pensée plus hardie de Pascal, quece que nous prenons pour la naturen’est souvent qu’une premiers coutume:deux maximes très - véritables. Toute-fois , avant qu'il y eût aucune cou-tume, notre aine exístoit, & avoit sesinclinations qui soudoient fa nature ; &ceux qui réduisent tout à l’opinion & àl’habittide , ne comprennent pas ce qu’ilsdisent. Toute coutume suppose anté-rieurement une nature , toute erreurune vérité : il est vrai qu’il est diffi-cile de distinguer los principes de cettepremiere nature de ceux de l’éuucation ;ces principes font en si grand nombre ,St fi compliqués, que ì’efprit se perd
COU
à les suivre ; & il n’est pas moins diffi-cile de démêler ce que l’éducation aépuré ou gâté dans le naturel. On peutremarquer feulement que ce qui nousreste de notre premiere nature est plusvéhément & plus fort, que ce qu’onacquiert par étude, par coutume & parréflexion , parce que reflet de l’art estd’affoiblir, lors même qu’il polit & qu’ilcorrige ; de forte que nos qualités ac-quises sont en même teins plus par-faites & plus défectueuses que nos qua-lités naturelles ; & cette foiblesse del’art ne procetle pas feulement de larésistance trop forte que fait la nature,mais aulfi de la propre imperfectionde ses principes, ou infuffiliuis , oumêlés d’erreurs. Sur quoi cependant jeremarque , qu’à l’égard des lettres, fartest supérieur a u génie de beaucoup d’ar-tistes , qui ne pouvant atteindre la hau-teur des réglés, & les mettre toutesen œuvre, ni rester dans leur caractèrequ’ils trouvent trop bas , ni arriver aitbeau naturel, demeurent dans un mi-lieu insupportable, qui est l’enflure &l’afFestation , & ne suivent ni l’art nila nature. La longue habitude leurrend propre le caractère forcé ; & àmesure qu’ils s’éloiguent davantage deleur naturel, ils croyent élever la na-ture : don incomparable, qui n’appar-tient qu’à ceux que la nature mêmeinspire avec le plus de force. Maistelle est Terreur qui les flatte; & mal-heureusement rien n’est plus ordinaireque de voir les hommes se former parétude & par coutume un instinct par-ticulier, & s’éloigner ainsi , autant qu’ilspeuvent, des loìx générales & origi-nelles de leur être ; comme si la na-ture n’avoit pas mis entr’eux assez dedifférence , lans y en ajouter par l’o-pinion. De-là vient que leurs juge-mens se rencontrent si rarement : lesuns disent ccìu eft dans la nature ouhors de la nature, & les autres tout ancontraire. Parmi ces variétés inexplica-bles de la nature ou de Topinion , jecrois que la coutume dominante peutservir de guide à ceux qui fe mêlentd’écrire , parce qu’elle vient d c la na-ture dominante des esprits, ou qu’ellela plie à ses réglés : de forte qu’il eftdangereux de s’en écarter, lors tnéute-