3io FIC
avoir épuisé les combinaisons áes carac-tères, des intérêts & des passions; la phi-losophie lui a ouvert de nouvelles rou-tes. Mahomet, Alzire, Idamé, font duíietle de VEsprit ies lotx ; & dans cettepartie même,le génie n’est donc pas fansa eflburce,& la fiction peut encore y trou-ver, quoiqu’avec peine, de nouveauxtableaux à former.
La nature physique est plus féconde &moins épuisée; & fans nous mêler depression tir ce que peuvent le travail & legénie, nous croyons entrevoir des vei-nes profondes, & jusqu'ici peu connues,cù la/bRo» peut s’étend t re , & l’imagi-aiatioii s’enriehir. Voy. EpopÉë.
II est des arts fur-tout pour lesquels lanature est toute neuve. La poésie , dansfa course rapide, semble avoir tout mois-sonné; mais la peinture, dont la carriè-re est n peu près la même, en est encoreaux premiers pas. Homère, lui seul , afait plus de tableaux que tous les peinères ensemble. II faut que les difficultésjnéchaniques de la peinture donnent à^'imagination des entraves bien gênan-tes, pour savoir retenue si long-tempsdans le cercle étroit qu’elle s'est pres-crit.
Cependant dès qu’un génie audacieux& mâle a conduit le pinceau , on a vuéclorre des morceaux sublimes; les diffi-cultés de l’art n'ont pas empêchéRaphaëlde peindre la transfiguration , Rubens lemassacre des innocens, Poussin les hor-reurs de la peste S r . le déluge, Sise. Etcombien ces grandes compositions lais-sent au-dessous d'el les touc ces morceaux(Tune invention froide & commune,danslesquels on admire fans émotion desbeautés inanimées! Qu’on ne dise pointque les sujets pathétiques & pittoresqueslont rares ; ['histoire en est semée, & lapoésie encore plus. Les grands poètessemblent n'avoir écrit que pour lesgrands peintres: c’est bien dommage queîe premier qui, parmi nous , a tenté derendre les sujets de nos tragédies (Coy-pel), n’aìt pas eu autant de talent que degoût, autant de génie que d’esprit! C’eft-là que la fiílimi en beau, l’art de réuniries plus grands traits de la nature, trou-veroit à se déplorer. Qn’on «'imaginevoir exprimés sur la toile Cliteinneftre,ïphigénie, Achille, Eriphile , & Arcas,dsas le ícomeat où celui-ci leur dit :
F I C
Gardes-vous d'envoyer la princesse d finpere ...
11 fail end à l'mttel pour la sacrifier.
Le cinquième acte de Rodogune a luiseul de quoi occuper toute la vie d’unpeintre laborieux & Fécond. Rappellons-nous ces momens :
Une main qui nous fut bien cheresMadame : efi-ce la vôtre ou celle de m»merel
Faites- en faire ejfai . ... .
Je léserai moi-mêmt.
Seigneur , voyez ses yeuse.
Va , tu me veux en vain rappetter à Utvie.
Quelles situations ! quels caractères!quels contrastes !
Les talens vulgaires se persuadent quela fiction par excellence consiste à em-ployer dans la composition les divinitésde la fable, &que hors de la mytholo-gie , il n’y a point d’invention. Sur ceprincipe, ils couvrent leurs toiles decuisses de nymphes & d’épaules de tri-tons. Mais que ies hommes de génies senourrissent del’histoire;qu’ils étudient lavérité noble & touchante de la naturedans ses momens passionnés ; qu’au lieude s’épuil'er fur la froide continence deScipion, ou fur le sommeil d'Alexandre,qui ne dit rien, ils recueillent, pour ex-primer la mort de Socrate, le jugementdeBrutuSjlaclémence d’Auguste,les traitssublimes & touchans qui doivent formerces tableaux ; ils seront surpris de sesentir élever au-dessus d'eux-mémes , &plus surpris encore d’avoir consumé desannées précieuses & de rares talens, àpeindre des sujets stériles, tandis quemille objets, d’une fécondité merveil-leuse & d’un intérêt universel, offroientà leur pinceau de quoi enflammer leurgénie. Ce peut-il, par exemple , que cevers de Corneille :
China, tu t'en souviens, veux m'as-
sassiner ì
n’exeite pas l'émulation de tous les pein-tres qui ont de l’ame ? Et pourquoi lespeintres qui ont Fait souvent une galeriede Ja vie d’un homme, n’en feroieat-iìs