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Tome XIV. FERM - FORL.
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Write. Son caractère est de renoncer à lavérité sans scrupule , de ne louer que lespersonnes dont il attend quelque bien-fait , de leur vendre ses louanges & dene songer qu'à ses avantages. Toutflat-ceur vit aux dépends de celui qui l'écoute ;il n’a point de caractère particulier; il semétamorphose en tout ce que son intérêtdemande qu’il soit ; sérieux avec ceuxqui le sont, gai avec les personnes en-jouées , mais jamais malheureux avecceux qui le deviennent ; il ne s’arrétepas à un vain titre , il adore plus dévote-ment celui qui a le pouvoir fans le titre,«jue celui qui a le titre fans le pouvoir;egalement bas & lâche , il fuit toujoursla fortune , & change toujours avec elle;il n’a point de honte de donner àVatiniusles mêmes éloges qu’il accordoit précé-demment à Caton ; peu embarrassé degarder aucune réglé de justice dans sesjugemens, il loue ou il blâme , suivantque les hommes font élevés o-u abaissés ,dans la faveur ou dans la disgrâce.

Cependant le monde n’est rempli quede gens qu’il séduit ; parce qu’il n’y apoint de maladie de l’esprit plus agréable& plus étendue que l’amour de la flatte-rie. La valeur du sommeil ne coule pasplus doucement dans les yeux appesantis& dans les membres Fatigués des corpsabattus, que les paroles flatteuses s’insi-nutnt pour enchanter nos âmes. Quandles humeurs du corps font disposées à re-cevoir uneinfluence'maiigne, le mal quien résulte y cause de grands ravages :ainli quand l’esprit a quelque penchanta sucer le subtil poison du flnietir , toutel’économie raisonnable en est boulever-sée. Nous commenqons les premiers àuous flatter ; & alors la flatterie des au-tres ne sauroit manquer de succès; noussommes toujours prêts à l’adopter : de-làvient que les grâces que nous répandonsfur le flatteur , nous font représentéespar le Faux miroir de notre amour pro-pre , comme dues à cet homme qui faitjious réconcilier agréablement aveenous-inêmes. Vaincus par des insinuations sidouces, nons prêtons volontiers l’oreilleaux artifices qu'on met en usage pouraveugler notre raison, & qui triomphentde nos foibleflés. L’envie de possédercertaines qualités que nous n’avonspas ,ou de paroître plus que nous ne sommes,augmente notre affection pour celui qui

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nous revêt des caractères qui nous sontétrangers, qui appartiennent à d’autres,& qui nous conviennent peut-être aussimal que feroient leurs habits.

Lorsque notre vanité n’eft pas assez vi-ve pour nous perdre, le flatteur ne man-que pas de la réveiller & de nous attri-buer adroitement des vertus dont nousavons besoin , & si souvent que nouscroyons enfin les posséder. En un mot leflatteur corromps fans peine notre juge-ment, empoisonne nos coeurs, enchantenotre esprit, & le rend inhabile à décou-vrir la vérité.

II y a plus , les hommes viennentpromptement vis-à-vis les uns des autresà la méme bassesse, où une longue domi-nation conduit insensiblement le peupleasservi ; c’est pour cela que dans lesgrands états policés , la société civil®n’oftre gueie qu’nn commerce de fausse-té où l’on se prodigue mutuellementdes louanges fans sentiment , Et mêmecontre sa propre conscience : savoir vivredans de tels pays, c’est savoir flatter,c’est savoir Feindre , c’est savoir déguiserses affection:*, ■.

Mais le flatténr triomphe fur - toutdans les cours des monarques. J’ai en-tendu quelquefois comparer les flatteursaux voleurs de nuit , dont le premiersoin eft d’éteindre les lumières , & lacomparaison m’a paru julte ; car les flat-teurs des rois ne manquent jamais d’éloi-gner de leurs personnes tous les moyensqui pourroient les éclairer : d’ailleurspuisqu’il y a un si petit nombre de gensqui osent représenter la vérité à leurs su-périeurs, comment celui-là la connoìtra-t-il, qui n’a point de supérieur au mon-de ? Pour peu qu’on s’apperqoive qu’ilait un goût dominant, celui de la guerrepar exemple , il n’y a personne autour delui qui ne travaille à fortifier cette rageFuneste , & qui n’aime mieux trahir lebien public, que de risquer de déplaireau monarque ambitieux. Carnéades di-soit que les enfans des princes Rap-prennent de droit fil ( c’est une expres-sion de Montaigne ) qu’à manier deschevaux, parce qu’en tout autre exercicechacun fléchit sous eux , & leur donnegain de cause: mais un cheval qui n’est nîcourtisan, ni flatteur , jette le fils du roipar terre , comme il feroit du fils d’un

palfrtnier. F, Coujitisan.