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Tome XIV. FERM - FORL.
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votre vigilance, disoit Pline à Trajan, jene craints point que votre majesté s’ima-gine que je le taxe de nourrir des vicesopposés à ces sortes de vertus

II me semble néanmoins , malgré tant

flatteurs uni s’étu lient à corrompre lesrois en tout temps & en tous lieux, que«eux que la Providence a élevés au Faitedu gouvernement,ponrroient se garantirdu poison d’une adulation basse & inté-ressée , en Faisant quelques-unes des ré-flexions que je vais prendre la liberté deleur proposer.

I®. Qu’ils daignent considérer sérieuse-ment qu’il n’y a jamais eu un seul princedans le monde qui n’ait été flatté, jamaispeut-être un seul qui n’ait été gâté par laflatterie." [/honneurque nous rectvonsde ceux qui nous craignent ( peut se direun monarque à lui même ), ce n’est pashonneur , ces respects se donnent à laroyauté, non à moi : quel état puis-jefaire de l'humble parler & courtoise ré-vérence de celui qui me les doit, vu qu’iln’a pas en ion pouvoir de me les refu-ser?... Nul me cherche presque pour laseule amitié qui soit entre lui & moi ; caril ne se sauroit guere coudre d’amitié où ily a fi peu de correspondance. Ma hauteurm’a mis hors de proportion ; ils me sui-vent par contenance, ou plutôt que moi,ma fortune , pour en accroître la leur :tout ce qu’iis me disent & font, ce n’estque fard, leur liberté étant bridée par lagrande puissance que j'at sur eux. Je nevois donc rien autour de moi que couverttk masqué.... Le bon roi, le méchant, ce-lui qu’on haït, celui qu'on aime , autanten a l’un que l’autre. De mêmes apparen-ces,de mêmes cérémonies,étoit servi monprédécesseur,& le sera mon successeurMontaigne.

r®. Seconde considération contre laflatterie,que je tirerai de sauteur immor-tel de Télémaque, l. XIP. C'est aux pré-cepteurs des rois qu’il appartient de leurparler dignement & éloquemment. Nevoyez-vous pas,dit le sage Mentor ì> Ido-ménée, que les princes gâtés par l’adula-tion, trouvent sec & austère tout ce quiest libre & ingénu? Ils vont même jus-qu’à s’imaginer qu’on manque de Zele

qu’on n’aime pas leur autorité , dèsqu’on n’a point famé servile, & qu’onne les flatte pas dans l’usage le plus in-juste de leur puissance : toute parole libre

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leur paroît hautaine : ils deviennent sidélicats , que tout ce qui n’est point bas-sesse les blesse & les irrite. Cependantl’austérité de Philoclès ne vaut-elle pasmieux que la flatterie pernicieuse desautrçs ministres ? Où trouverez vous unhomme fans défaut ? & ce défaut de vousreprésenter trop hardiment la vérité ,n’est-ii pas celui que vous devez le moinscraindre ? que dis je ? n’eft-ce pas un dé-faut nécessaire pour corriger les vôtres ,& pour craindre le dégoût de la vérité oùta flatterie fait toujours tomber? Ii vousfaut quelqu’un qui vous aime mieux quevous ne savez volts aimervous-mème.quivous parle vrai, & qui force tous vos re-tranchemens. Sonvenez-voiis qu’un prin-ce est trop heureux, quand il naît un seulhomme sous son régné avec cette généro-sité qui est le plus précieux tré'or del’empire, & que la plus grande punition,qu’il doit craindre des dieux , est de per-dre un tel ami.

Isocrate donnoit de pareils conseils àNicoclès. Ne prenez pas pour vos Favorisflatteurs , & choisissez pour vos mi-nistres ceux qui font les plus capables devous aider à bien conduire l’état : comp-' tez fur la fidélité,non de ceux qui louenttout ce que vous dites ou ce que vous fai-tes , mais de ceux qui vous reprennentlorsque vous commettez quelque faute ;permettezaux personnes sages & pruden-tes de vous parler avec hardiesse,afin quequand vous ferez dans quelques embar-ras, vous trouviez des gens qui travail-lent à vous en tirer; ainsi vous saurezbientôt discerner les flatteurs artificieuxd’avec ceux qui vous fervent avec affec-tion.

3°. Pline remarque judicieusement ,que les empereurs les plus haïs ont tou-jours été les plus siattés;parce que,dit-il,la dissimulation est plus ingénieuse &plus artificieuse que la sincérité. C’eftune tro isieme considération que les prin-ces ne sauroient trop faire.

4®. Ils se préserveront encore infini-ment des mauvais effets de l’adulation ,en ne se livrant jamais ail plaisir de sevoir louer, qu’après s’être assurés q neleurs actions font dignes d’éloges, & s’ê-tre convaincus qu’ils possèdent les vertusqu’on leur accorde, [/empereur Juliendisoit que pour compter fur les louangesqu’on donne aux rois , il faudroit que