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Tome XIV. FERM - FORL.
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te, c’est être/orMe: maiss’eti écarter aveeconfiance , & dans la ferme persuasionqu’on la fuit, voilà , ce me semble , cequ’on appelle être fou. Tels font dnmoins ces malheureux qu’on enferme, &qui peut-être ne diffèrent d u reste deshommes , que parce que leurs folies fontd une efpece moins commune,& qu’eliesn’ent'rent pas dans f ordre de la société.

Mais puisque H folie n est qu'une pri-vation, pour en acquérir des idées plusdistinctes , tâchons de connoître son con-traire. Qu’est-ce que la raison ? Ce qu’onappelle ainíì, au-moins dans an sens con-traire à la folie , n’est autre chose en gé-néral que la connoiflance du vrai, nonde ce vrai que fauteur de la nature a ré-servé pour lui seul, qu’il a mis loin de laportée de notre esprit, ou dont la con-noissance exige des combinaisons multi-pliées ; mais de ce vrai sensible , de cevrai qui est .à la portée de tous les hom-mes, & qn’ils ont la faculté' de connoître,parce qu’il leur est nécessaire , soit pourla conservation de leur être, soit pourle bien général de la société.

Le vrai est physique ou moral : le vraiphysique consiste dans le juste rapport denos sensations avec les objets physiques ,«e qui arrive quand ces objets nous affec-tent de la même maniéré que le reste deshommes: par exemple, c’est une folie qued’entendre les concerts des anges commecertains enthousiastes, on de voir, commedom Quichotte, des géans au lieu demoulins à vent, & i’armée d’Alifanfaron,au lieu d’un troupeau de moutons.

Le vrai moral consiste dans la justessedes rapports que nous voyons, soit entreles objets moraux, soit entre ces objets &nous. II résulte de-là que toute erreurqui nous entraîne est folie. Ce sont doncde véritables folies que tous les traversde notre esprit, toutes lesillusions de l’a-mour propre , & toutes nos passions ,quand elles font portées jusqu’à l’aveu-glement; car f aveuglement est le carac-tère distluctif de la folie. Qu’un hommecommette Une action criminelle , avecconnoissance de cause, c’est un scélérat;qu’il la commette, persuadé qu’elle estjuste, c’elì un fou. Ce qn’on appelle dansla société Aire ou faire des folies , ce n’estpas être fou, caron les donne pour cequ’elies font. C’est peut-être sagesse , fil’on veut faire attention à la faiblesse de

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notre nature. Quelque haut que nous fas-sions sonner les avantages rie notre rai-son , il est ailé de voir qu’elle est pournous un fardeau pénible , & que , pouren soulager notre ame, nous avons be-soin de temps-en-temps au moins de f ap-parence de la folie.

La sotie paroît venir quelquefois dei’altération de famé qui fe communiqueaux organes du corps , quelquefois dudérangement des organes du corps quiindue fur les opérations de famé; c’estce qu’il est fort difficile de démêler.Quelle qu’en soit la cause , les effets fontles mêmes.

Suivant la définition que j’ai donnéede la folie physique & morale, il y a millegens dans le monde , dont les folies fontvraiment physiques , & beaucoup dansles maisons de forces qui n’ont que des fo-lies morales. N’eít-ce pas , par exemple ,une folie physique que celle du maladeimaginaire ?

Tout excès est folie , même dans leschoses louables. L’amitíé , le désintéres-sement, f amour de la gloire, sont dessentimens louables, mais la raison doity mettre des bornes ; c’est une folie qued’y sacrifier sans nécessité fa réputation ,fa fortune , & son bonheur.

Quelquefois néanmoins cet excès estvertu , quand il part d’un principe dedevoir généralement reconnu. C’estqu’alors l’excès n’est pas réel; car si leprincipe est tel qu’il ne soit pas permisrie s’en écarter , il ne peut plus y avoird’excès. En retournant à Carthage , Ré-gulas fut un homme vertueux , il ne futpas u n fou.

Quelquefois aussi on regarde commevertu un excès réel, quand il tient à unmotif louable : c’est qu’alors on 11e faitattention qu’au motif, & au petit nom-bre de gens capables de si beaux excès.

Souvent f excès est relatif soit à sage,soit à f état , soit à la fortune. Ce qui estfolie dans un vieillard ne Test pas dans unjeune homme ; ce qui est folie dans unétat médiocre & avec une fortune bor-née , ne f est pas dans un rang élevé ouavec une grande fortune.

II y a des choses où la raison ne fetrouve que dans un juste milieu, les deuxextrêmes sont également folie-, il y a dela folie à tout condamner comme à toutapprouver ; c’est un fou que le dissipateur