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Tome dix-huitieme. I - JOM.
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res bien distincts, le genre imitatiF, & legenre idéal', ce qui renferme trois objetsci,stéréos : imitation exacte de la nature ,genre vulgaire & borné qui ne consisteproprement qu’à copier ce qu’on a fousles yeux ; cboix de la belle nature , cequi demande déja dn goût & de f éléva-tion ; recherche de la beauté abstraite &idéale , ce qui exige plus que du talent& qui est vraiment l'ouvrage du génie.De ces trois opérations de l’art, deux ap-partiennent au genre imitatiF, une seu-lement au genre idéal.

Nulle personne un peu initiée dans lesbeâux-arts qui croie avec le peuple quele choix de la belle nature suffise auxpeintres ou aux statuaires pour donnernaissance à un modele de beauté, tel queVApollon du Belvedere . la Vénus de Mé-dicis , la Aladonna délia Seggiola , OU laAlagdelaine de Parme. Lorsque Zeuxisrassembla les plus belles filles deCrotonepour copier les beautés particulières &\ocales que chacune d’elles possédoit émi-nemment, il ne voulut Faire que de sim-ples études , Sc ce Fut fans doute par lesecours de l'abstraction qu'il parvint àpeindre une figure parfaite. Mais parquel moyen l’artiste s’eleve-t-il à ceconcept admirable qui surpasse en quel-que sorte le créateur , sinon dans sesvues , du moins dans ses œuvres ? C’estfur cette question embarrassante queles métaphysiciens se sont assez infruc-tueusemrnt exercés depuis plus de vingtsiécles. Obligé de me renfermer dans d’é-troites limites, je me contenterai de choi-sir parmi leurs opinions celles qui por-tent du moins quelque caractère de vrai-semblance. Je ne dirai donc pas avecPlaton que notre ame émanée de la divi-nité renferme en elle- même les idées ori-ginaires, les modelés de toutes choses,modelés parfaits auxquels elle rapportefans cesse les images informes que nossens lui transmettent. Je ne m’arrêteraipas davantage à la théorie non moins abs-traite de quelques modernes qui, regar-dant Vidée de la perfection comme déter-minée L abíblue , veulent que cette idéesoit & le principe de nos travaux & lasource de nos plaisirs ; j'aime mieuxtransmettre au public quelques réflexionstrès-ingénieuses, dont M. Mengs, pre-mier peintre du roi d’Kspagiu, on plutôt,

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le premier des peintres de notre âge, abien voulu me faire part.

Je m’étois trouvé avec lui au milieudes chefs-d'œuvre dont l'italie abonde,& j’avois remarqué plusieurs fois l’admi-ration profonde qu’excitoient en lui lestableaux de Raphaël; je m'apperqns queplus on étoit lavant dans Vart de la pein-ture , plus on découvroit de beautés par-ticulières dans les ouvrages de ce grandmaître, ou pour mieux dire , plus on yrecoonoissoit la véritable beauté,la beau-té idéale, si supérieure à toute beauté li-mitation. Je voulois former mon goût& mon jugement , & je cherchoís deséchelons pour élever ma pensée au niveaude la sienne : notre conversation tombabientôt sur le beau idéal-, il ne fallut quepeu de mots pour me convaincre que toutce qui rappelloit des idées trop indivi-duelles de tel ou tel objet , reflerroitrimagination & Faisoit plutôt un por-trait qu’un tableau. Si la Galatée, fi laP/ychée de la Farnejìtte ressembloient, medisoit-isiaux actrices que vous avez vueshier à l’opéra ; si vous reconnoillìez dansles chevaux de Marc-Aurele , de Balbus& de Nonnius , ceux qu’on exerçoit cematin dans la place publique , aurirz-vous éprouvé la sensation vive & pro-Fonde que ces cbefs-d'œuvres ont excitéeen vous ? J’avouai fans peine que leplaisir qu’ils m’avoient causé tenoít à jene sais quelle abstraction dont je 11e pou-vois me rendre compte ; j’avois peine àconcevoir sur-tout comment les anciens ,L Raphaël leur rival, avoient pu trou-ver ces modèles parfaits dont ils nousre-traçoient l’image. Alors M. Mengs con-tinua , & me demanda si les idées quenous avions des chosc-s en général n’é-toient pas des idées abstraites ? si lorsquenous nous rappelions celle d’un homme,celle d’un cheval , nom avons tel hommeen particulier, tel cheval présent à no-tre imagination ? II semble au contraire,ajouta til que nous ayons rejette de no-tre mémoire tout ce qui est particulier àselle nation , à telle classe d’hotnmes, àtel objet isolé. Or, c’est cette idée abs-traite que l’artiste doit consulter plu-tôt qu’aucun souvenir individuel ; c’estelle qu’il doit s’essorcer d’expiimer oufur la toile ou fur le marbre. Ru-bens, Vandyck , Paul Veronese avoientt fans doute des parens, des amis, des do-»K 3