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Tome dix-huitieme. I - JOM.
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terres. Ceux-ci se révoltèrent, appelle-rent Philippe , roi de France, à leur se-cours, & offrirent la couronne d’Angle-terreàLouis, son fils. Le dauphin passeen Angleterre, y est requ avec acclama-tion, & couronné en iri6. Jean meurtla même année , après avoir erré de villeen ville, portant par-tout ses inquiétu-des , avec la honte Sc le mépris dont ilétoit couvert.

Jean I, roi d’Aragon, Hifl. d'Espa-gne. A la toute-poilfance près qui n’estpoint le partage de la Foible humanité,lesrois feroient exactement tout ce qti’ilsvoudroient faire , s’ils savoient employeravec art le droit qu’ils ont de commanderaux hommes. Cet art pourtant ne paroîtpas bien épineux , puisqu’il consiste à sefaire aimer seulement de ceux de qui l’onveut être obéi. J'avuue qu’il faut auxhommes ordinaires bien des talens, degrandes qualités pour être aimés j encoremême avec ces grandes qualités, ces ta-lens supérieurs, ne parvieniîent-ils sou-vent qu’à se faire des ennemis dans la so-ciété. Quant aux rois , avec de la dou-ceur , de faisabilité , il n’est rien qu’îls11e puissent, il n’y a rien qui leur résiste ;on ne s’apperqoit même pas des défautsqu’ils peuvent avoir , & qui quelqueconsidérables , quelque énormes qn’tlssoient, sont rachetés par ces deux qua-lités. Un prince astable, doux, est tou-jours fur du zele, du respect, deia con-fiance & de l’amourde ses sujets qui met-tant fur le compte de cette douceur decaractère ses foiblesses , ses défauts mê-me, ne voient en lui que Je roi bienfai-sant , le protecteur généreux & l’atni Jeses peuple.. Tel fut Jean I, roi d’Ara-gon j II Fut bon, & ne fut que bon : ce-pendant les Aragonois qui, à la vérité,venoient d’être soumis à un maître fortdur, impérieux , méchant , l’aimerent& le regardèrent comme le meilleur dessouverains. Jean pourtant n’étoit rienmoins qn’amhitieux de passer pour habi-le , mais il étoit affable, & la douceur luitint lieu des talens qu’il n’avoit pas &qu’on lui supposa , des grandes qualitésqu’il n’avoit pas non plus & qu’on voulutlui croire,des éminentes vertus auxquel-les il ne prétendait pas, & que le peupledont il étoit chéri lui domta libéralement.U se livra tout entier aux plaisirs , nechercha qu’à f» procurer L à. goûter

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tous les agrémens de la vie, & se reposadu gouvernement du royaume sur la reineViolante sa femme, princesse de beau-coup d’esprit, ambitieuse Sc intrigante tmais il étoit affable , il étoit doux, & cefut uniquement à lui qu’on rapporta toutce qui se faisoit de bien , comme on at-tribuoit â sa femme ou au malheur des,circonstances toutes les fautes qui fecommettoient dans l’aJministration. Onne fuppofoit pas qu’nn roi qui recevoitavec tant de douceur tentes les remon-trances qu’on jugeoct à propos de lu»faire, fut seulement capable de quelquenégligence volontaire dans la conduitedes plus importantes affaires , & l’on ex-eufoitou son feignoitde ne pas voir ton-tes les fausses démarches dans lesquellesl’engageoient son inapplication , ou lesconseils de son épouse & de ses favoris.Ce fut ainsi que régna paisiblement JeanI, fils de don Pedre IV , le pins impé-rieux des rois, le plus violent des hom-mes, souvent le plus injuste, & de donaLéonote , infante de Portugal. II naquitle 27 décembre igfi, L à fa naissance,son pere lui donna le titre de duc de Gi-ronne , qui dans la fuite a toujours étécelui des fils aînés des rois d’Aragon. Sonéducation fut Confiée à Bernard de Ca-brera, général, ministre, favori de donPedre , & qui par les services les plusimportans Sc Les plus signalés avoit mé-rité la confiance de son maître & feftimepublique : cependant, par des fautesvraies ou supposées , Cabrera se fit desennemis, & les accusations, ou peut-être les calomnies de ceux-ci ayant pré-valu , il devint odieux à tout le monde ,& fur tout à don Pedre qui soupqonnoitfacilement & condamnoit avec sévérité,sur les soupqons les plus légers, jeunn’avoit pas encore quinze ans, lorsqyeson gouverneur persécuté par ses enne-mis Sc haï par son maître, fut arrêté,mis en prison , appliqué à la plus vio-lente torture , &, par ordre de don Pe-dro , jugé par son pupile Jean qui lecondamna à mort. Mariana raconte quecette cruelle sentence fut prononcée patdon Pedre , & publiquement exécutéepar le duc de Gironne. Ce fait n’est pasprouvé. Sc c’est assez qu’il ne soit pasvraisemblable , pour qu’on ne doive pasy ajouter foi. Jean n’étoit pas assez cruelpeur faire dans cette occasion l’office de.