I e A
tion dn royaume n’étoit rien moins quedéplorable ; qu'ik se chargeroient vo-lontiers , pour soulager leur martre, del’administration des finances; qn'ilespé-rât mieux de lui-méme & duzele, ainsique del’mviolable fidélité de ses sujets;qn'ils étoient persuadés enfin, qu’en très-peu de temps, le bon ordre se rétabliraitdans toutes les parties d u gouvernement,qui ne pouvoit tarder à fleurir fous lesloix d’un monarque aussi bienfaisant. Cespreuves de confiance & d’attachement ra-nimèrent les espérances du roi de Castille:il ne songea plus à quitter les rênes del’état , & ne s’occupa que des moyensde remédier Sux maux que le royaumeavoit seufterts pendant les dernieresguerres. Deux événemens heureux ar-rivés en même temps, comblèrent lesvœux de ce bon monarque : le roi deGrenade lui envoya des ambassadeurs,chargés de lui offrir de magnifiques pré-fens , & de lui demander le renouvelle-ment de la treve, qui Fut volontiers ac-cordée pour plusieurs années. Ces am-bassadeurs étoient encore à la cour deCastille, lorsque le roi de Portugal luienvoya aussi demander la prolongationde la treve : c’étoit là tout ce que desi-roit. Jean I} & il l’eut demandé lui-méme , s'il n’eut craint que cette dé-marche n’eût été prise pour un aveu desa faiblesse. Enchanté .de ce double évé-nemttlt, & voulant donner aux grandsun nouveau motif d'émulation, il insti-tua un nouvel ordre de chevalerie, fousle nom d'ordre Au Suint Esprit , &' dontles attribut* étoient une colombe en-tourée dc rayons, suspendue à un collierd’or. La fortune paroiísoit seconder dansleur exécution tous les projets de cebon souverain : les finances étoient sa-gement administrées z l’agriculture &le commerce avoient déjà repris leur an-cielme activité , trop long-temps engour-die j les arts étoient cultivés , les loixrespectées, la jostice exactement rendue;mais la Ccstille paya cher ce bonheur re-naissant. Jeun 1, informé qú’il y avoit àMaroc plusieurs chrétiens Espagnols,qui, soit par mécontentement, soit pourd’autres raisons , avoient quitté leur pa-trie, où ils désiraient ardemment de re-venir , mais qui n’osoient demander leurretnnr s’intéressa pour eux auprès du roide Maroc, & 1e fit prier de permettre à
J E A 201
ces Fugitifs de repasser en Espagne. Leroi de Maroc consentit au retour de cescavaliers Espagnols, ils fe hâtèrent deRembarquer, arrivèrent fur les côte*d’Andalousie, où le roi voyageoit alors, &desirerent de le voir & de lui témoignerleur reconnoiffimce. Jean sachant que ce*cavaliers excelloient dans Part de Péqui-tation , fut curieux de leur voir fairel’exercice; L com me il étoit lui-même ex-cellent cavalier , il sortit à cheval d’AIca-la, suivi de l’archevêque de Tolède & detoute sa cour. II étoit monte fur un che-val très-vif ; L à l’exemple des cava-liers Africains , ayant animé son cheval,& Payant pouffé imprudemment dansdes terres récemment labourées , Piné-galité du terrein & la profondeur des sil-lons , firent broncher le cheval, quitomba fi rudement, qu’il écrasa le roi parsa chiite; elle fut si cruelle , qu’il mou-rut à Pinstant même : & ce fut par pru-dence que l’archevéqne de Tolède fitdresser au plutôt une tente sur te champ,où il fit transporter le corps dit monar-que, en faisant publier que le roi n’é-toit pas mort, afin de donner à son filsle temps de monter fur le trône. Ainsipérit Jean 7, à Page de trente-troisans, dans la treizième année de son ré-gné. II aima ses sujets , il en fut ado-ré, il eut rendu ses peuples heureux, s’ileut vécu plus long-temps, car il ne dé-fi roi t que la félicité publique. Et les peu-ples peuvent-ifs être malheureux lorf-qu’ua tel sentiment anime les souverainsqui les gouvernent 7(7. C.)
Jean II , roi de Léon & de Castille,Hifi. A'Espagne. Le geût du despotismeest la pasiìon dominante des rois foibles& ignorons: la cause de ce goût ne meparoît pas difficile à découvrir. Les roisfoibles & ignorans sont communémententourés d’adulateurs, de lâches, de dé-nonciateurs , de cœurs faux, d ames vé-nales , de mauvais citoyens. La suprê-me puissance, qui a tant île bien à faire,tant de mal à réprimer, flatte les souve-rains éclairés, parce qu’en effet, il n’estrien de plus flatteur, de plus délicieuxque de savoir & d’éprouver qu’on est foí-même & la cause & la source de la félici-té publique. Les rois foibles & ignoransne voient au contraire , dans l’autoritésuprême , que l’excès de la puissance, P a»bus de la puissance ; & une seule chose