Band 
Premier volume.
JPEG-Download
 

a6

DISCOURS PRELIMINAIRE.

l'application en étoit pour ainsi dire impossible, à cause des difficultés qu’onavoit alors à prendre exactement les distances, et à cause de l’imperfection destables de la lune et des étoiles.

Cependant la détermination des longitudes en mer étoit un problème de laplus grande importance pour les navigateurs. Philippe ni, roi d’Espagne,assigna le premier un prix pour cette découverte : les états-généraux des Pays-Bas, les François et les Anglois suivirent cet exemple.

Jean-Baptiste Morin 1 , médecin françois, et professeur de mathématiques,se présenta au gouvernement françois pour demander le prix. Ne connoissantpas, à ce qu’il paroit, les travaux des astronomes qui avoient vécu avant lui, iladressa en 1 634 5 au cardinal de Richelieu, un mémoire sur ses prétendues dé-couvertes. La commission chargée de l’examiner, jugea d’abord que la méthodeétoit bonne et applicable; mais dix jours après, Pascal, Midorg, Boulanger,Beaugrand et Herigone déclarèrent, en réponse à la question du cardinal : si l’in-vention de Morin étoit applicable, tant sur mer que sur terre : « Tantum abest« ut eam æstimemus propriam quæ possit .afferre aliquam utilitatem navigationi,if observationibus super mari, ut e contra ejus praxin super terra censeamusff difficillimam, ne dicamus impossibilem. »

Les procédés de calcul de Morin n’avoient aucun défaut essentiel; mais ilauroit dû s’apercevoir que sa méthode n’avoit aucune utilité pratique, soità cause de l’imperfection des tables de la lune et des étoiles, soit à cause del’imperfection des instrumens. Cependant, quelques années après, finventionde Morin fut favorablement accueillie par le cardinal Mazarin, qui donna à sonauteur une pension de 2000 livres.

Saint-Pierre 2 , compatriote de Morin, fut moins heureux que ce dernier :il se rendit, en 1675, à Londres, et demanda la récompense promise par legouvernement anglois. Sa méthode fut examinée par une commission de savans :j Flamstedt remit à Saint-Pierre les données pour la solution du problème ;mais Saint-Pierre ne trouvant point de résultat satisfaisant, prétendit que lesdonnées de Flamstedt étoient inexactes ; celui-ci en convint, mais il déclara,qu’aussi long-temps qu’on négligeroit de perfectionner les tables de la lune et lescatalogues des étoiles, aucune méthode ne donneroit un résultat certain.

1 Longitudinum terrestrium Scientia, etc., Paris i634, in- 4.°.

3 V. Zach, Allgemeine geographische Ephemeriden, BandI, p. 2 g.