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Tome douzième.
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JUGE M E N T SUR

parties intégrantes dans la constitution de l’Etat, & même avoirune influence réelle dans les affaires ? Questions préliminairesqu’il falloit discuter &c qui ne semblent pas faciles à résoudre :car s’il est vrai que la pente naturelle est toujours vers la cor-ruption & par conséquent vers le despotisme, il est difficile devoir par quelles ressources de politique le Prince , même quandil le voudroit, pourroit donner à cette pente une direction con-traire qui ne pût être changée par ses successeurs ni par leursMinistres. L’Abbé de St. Pierre ne prétendoit pas , à la vé-rité , que fa nouvelle forme ôtât rien à l’autorité royale : car iidonne aux Conseils la délibération des matières & laisse auRoi seul la décision : ces différens Conseils, dit-il, fans empê-cher le Roi de faire tout ce qu’il voudra, le préserveront sou-vent de vouloir des choses nuisibles à fa gloire &c à son bon-heur ; ils porteront devant lui le flambeau de la vérité pour luimontrer le meilleur chemin & le garantir des pièges. Mais cethomme éclairé pouvoit-il se payer lui-même de si mauvaisesraisons ? Espéroit-il que les yeux des Rois pussent voir les ob-jets à travers les lunettes des sages? Ne sentoit-il pas qu’ilfalloit nécessairement que la délibération des Conseils devîntbientôt un vain formulaire ou que l’autorité royale en fût alté-rée , & n’avouoit - il pas lui-même que c’étoit introduire unGouvernement mixte, où la forme Républicaine s’allioit à laMonarchique ? En effet, des Corps nombreux dont le choixne dépendroit pas entièrement du Prince , & qui n’auroientpar eux-mêmes aucun pouvoir, deviendroient bientôt un far-deau inutile à l’Etat ; fans mieux faire aller les affaires, ils neferoient qu’en retarder l’expédition par de longues formalités,