KW
160 LETTRES
ma patrie, rétablissement pernicieux que pour faire sa cour âVoltaire à nos dépens , d’Alembert vouloir qu’on fît parminous. Si j'eusse vécu dans Geneve , je n’aurois pu , ni publierl’Epítre dédicatoire du discours fur l’inégalité, ni parler mêmede rétablissement de la comédie , du ton que je l’ai fait. Jeserois beaucoup plus inutile à mes Compatriotes , vivant aumilieu d’eux, que je ne puis f être dans l’occaíìon de ma re-traite. Qu’importe en quel lieu j'habite , íì j’agis ou je doisagir? D’ailleurs, les habitans de Montmorenci font-ils moinshommes que les Parisiens, & quand je puis en dissuader quel-qu’un d’envoyer son enfant se corrompre à la ville , fais - jemoins de bien que si je pouvois de la ville le renvoyer aufoyer paternel ? Mon indigence feule ne m’empêcheroit-eile pasd’être inutile de la maniéré que tous ces beaux parleurs l’en-tendent ; & puisque je ne mange du pain qu'autant que j'engagne, ne suis-je pas forcé de travailler pour ma subsistance ,& de payer à la société tout le besoin que je puis avoir d’elle ?II est vrai que je me fuis refusé aux occupations qui ne m'é-toientpas propres; ne me sentant point le talent quipouvoitmefaire mériter le bien que vous m’avez voulu faire , l’accepter eûtété le voler à quelque homme de lettres aussi indigent que moi,& plus capable de ce travail-là ; en me l’offrant vous supposiezque fétois en état de faire un extrait, que je pouvois m’oc-cnper de matières qui m’étoient indifférentes , & cela n'étantpas, je vous aurois trompé, je me serois rendu indigne deVos bontés , en me conduisant autrement que je n’ai fait ; onn’est jamais excusable de faire mal ce qu’on fait volontaire-ment : je serois maintenant mécontent de moi, & vous aussi;
«