DIVERSES. 305
Tout le pays est plein de curiosités naturelles qu’on ne dé-couvre que peu à peu, & qui par ces découvertes successiveslui donnent chaque jour l’attrait de la nouveauté. La Botani-que offre ici ses trésors à qui sauroit les connoître , & souventen voyant autour de moi cette prostision de plantes rares , jeles foule à regret fous le pied d’un ignorant. II est pourtantnécessaire d’en connoître une pour se garantir de ses terribleseffets; c’est le Napel. Vous voyez une très-belle plante hautede trois pieds , garnie de jolies fleurs bleues qui vous don-nent envie de la cueillir : mais à peine l’a-t-on gardée quelquesminutes qu’on se sent saisi de maux de tête, de vertiges, d’éva-nouissemens, & l’on périrait si l’on ne j ettoit promptement cefuneste bouquet. Cette plante a souvent causé des accidens àdes enfans & à d’autres gens qui ignoraient fa pernicieusevertu. Pour les bestiaux ils n’en approchent jamais & ne brou-tent pas même l’herbe qui l’entoure. Les faucheurs l’extirpentautant qu’ils peuvent ; quoi qu’on fasse l’espece en reste , êc jene laisse pas d’en voir beaucoup en me promenant fur lesmontagnes , mais on l’a détruite à-peu-près dans le vallon.
A une petite lieue de Motiers, dans la Seigneurie de Tra-vers , est une mine d’asphalte qu’on dit qui s’étend fous toutle pays : les habitans lui attribuent modestement la gaîté dontils se vantent, & qu’ils prétendent se transmettre même à leursbestiaux. Voilà fans doute une belle vertu de ce minéral, maispour en pouvoir sentir l’efficace il ne faut pas avoir quitté lechâteau de Montmorenci. Quoi qu’il en soit des merveilles qu’ilsdisent de leur asphalte, j’ai donné au Seigneur de Travers unPieces diverses. Q q