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Tome douzième.
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LETTRES

l’ame ôc me transporte. Je croirois le reste de mes jours biennoblement, bien vertueusement, bien heureusement employé ;je croirois même avoir bien racheté l’inutilité des autres, íìje pouvois rendre ce triste reste bon en quelque chose à vosbraves compatriotes, íì je pouvois concourir par quelque con-seil utile, aux vues de leur digne chef ôc aux vôtres ; ce cecôté-là donc soyez sur de moi ; ma vie & mon cœur sonta vous.

Mais, Monsieur, le zele ne donne pas les moyens , ôc ledésir n’est pas le pouvoir. Je ne veux pas faire ici sottementle modeste ; je sens bien ce que j’ai, mais je sens encore m euxce qui me manque. Premièrement, par rapport à la chose ,il me manque une multitude de connoissances relatives à lanation ôc au pays ; connoissances indispensables , ôc qui, pourles acquérir, demanderont de votre part beaucoup cfinstruc-tions , d’éclaircissemens , de mémoires , ôcc ; de la mienne ,beaucoup d’étude & de réflexions. Par rapport à moi, il memanque plus de jeunesse , un esprit plus tranquille, un cœurmoins épuisé d’ennuis , une certaine vigueur de génie qui,même quand on l’a , n’est pas à l’épreuve des années ôc deschagrins ; il me manque la santé , le terns ; il me manque ,accablé d’une maladie incurable ôc cruelle , l’espoir de voir lafin d’un long travail, que la seule attente du succès peut don-ner le courage de suivre ; il me manque, enfin , l’exoériencedans les assures qui, feule , éclaire plus fur l’art de conduireles hommes que toutes les méditations.

Si je me portois passablement, je me dirois : j'irai en Corse.Six mois passés fur les lieux, m’instruiront plus que cent volu-

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