104
HISTOIRE
I6sl.
Le Prince deCondé se re-tire en Gni-enne.
II se détermi-ne à faire laguerre auRoi.
MotíevìUe ,Tom. 4, pag.;o6.
pag. r§r.
Ces changemens, qui éloignèrent le Chancelier des affaires, & lePrésident de Longueil des Finances, furent les prétextes fur lesquels lePrince de Condé se retira à Mouron , & de là en son Gouvernement deGuienne. II s’en plaignit au Duc d’Orléans, supposant, qu’il en devoitêtre ausíì picqué que lui, & que l’affront leur étoit commun. Ce Prin-ce y avoit pourtant consenti, & n’avoit pû s’empêcher de dire que cechangement seroit plus durable que celui du Jeudi Saint. Malgré celail écrivit au Prince de Condé, qui attendoit fa réponse à Angerville,qu’il entroit dans son juste ressentiment ; qu’il étoit prêt de s’unir à luipour en tirer raison; mais en même teins il donna ordre à son Courrierde n’arriver à Angerville que lorsque le Prince en seroit parti.
O n avoit prévû à la Cour cette retraite, qui ne pouvoit manquerde produire la guerre civile ; peut-être même l’avoit on souhaitée, pourse mettre en liberté de poursuivre ce Prince comme un ennemi déclaré,& se délivrer tout d’un coup des embarras que causoient ses intrigues &ses prétentions. Toutefois on parut s’allarmer. De concert avec le Ducd’Orléans on lui fit faire des propositions extrêmement avantageuses. Onlui offroit de demeurer tranquille en Guienne julqu’à la convocation desEtats-Généraux. On consentoit qu’il y fît venir ses troupes ; par - là ilauroit pû les augmenter, se fortifier dans cette Province , & se donnerle teins dans cette posture redoutable d’attendre les événemens, & dechoisir entre les partis qu’il avoit à prendre. On trouva ce Prince àBourges. Les applaudiífemens des peuples & de la Noblesse augmentè-rent fi fort ses espérances, qu’il crut que tout le Roïaume imiteroit cetexemple & se déclareroit pour lui. 11 répondit à l’Envoyé, que lorsqueMonsieur le Duc d’Orléans seroit satisfait, & que ses ennemis n’auroientplus d’autorité dans le Gouvernement de l’Etat, il ne manqueroit pasde venir auprès du Roi ; mais qu’il ne pouvoit prendre aucune confian-ce tandis que le prémier Président & le Coadjuteur seroient à la Coursur le pied où ils y étoient.
De Bourges ce Prince alla à Montrond, où il avoit envoyé d’a-vance son épouse & sa soeur. Le Prince de"Conti, les Ducs de Ne-mours & de la Rochefoucault l’y accompagnèrent. On délibéra fur lesdernières offres de la Cour; tous conclurent à la guerre, parce qu’au-cun d’eux ne voïoit jour à tourner raccommodement à son avantageparticulier. Le Prince, dit-on, ne se rendit qu’avec peine. II leur dit,que puis qu’ils vouloient la guerre il falloit la faire, mais qu’ils se sou-vinssent qu’il tiroit l’épée malgré lui, & qu’il seroit peut-être le dernierà la remettre dans le fourreau. On ajoute que leur emportement alla filoin dans cette rencontre , qu’ils firent entr’eux un traité, par lequel ilss’obligeoint de l’abandonner, & de former un tiers parti, au cas qu’ils’accommodât avec la Cour aux conditions qu’on venoit de lui proposerà Bourges. Monsieur de la Rochefoucault ne parle point ainsi dansses Mémoires. Selon lui le Prince de Condé ne demeura qu’un jour kMontrond; il l’emploïa à visiter la Place, & à dresser une ample ins-truction