HISTOIRE
i<?o
I6's2-
La mésintel-ligence semet dansleur parti.
Tom. r. pag.
r?'- „
Affaire sin-gulière.
Ibid. 17;.
Vol. 8- part.2. pag. 64.
Compagnie Souveraine. II devoit décider à la pluralité des voixde toutes les affaires. Dès la prémière séance, les Ducs de Beaufort& de Nemours se disputèrent la préférence. Cette quérelle renouvel-la leur animosité. Le second avoit pour le prémier un mépris, qui al-loit jusq’à la brutalité ; il le força de se battre. Selon le cruel usage,qui règnoit encore alors, iís prirent des seconds & se trouvèrent cinqcontre cinq. Le Duc de Nemours fût puni de son acharnement ; il mou-rut sur le champ d’un coup de pistolet dans le cœur. Des quatre, qui a-voient servi le Duc de Beaufort , deux furent tués , & un blessé trèsdangereusement. On dit alors , qu’il eut été facile d’empêcher ce combat,que le Duc d’Orléans & le Prince de Con dé avoient été avertis de laquérelle , qu’il s firent semblant de croire qu’elle n’auroit point de suites,& qu’en particulier le Prince ne fût point fâché d’un Duel, qui pou-voit le délivrer d’un rival. Le Duc de Nemours & lui aimoient Ma-dame de Châtillon ; leur jalousie étoit des plus vives, jusque-là que leDuc avoit résolu de se battre contre le Prince ; du moins Mademoisellede Montpensier l’assûre.
Cet accident fût suivi d’un autre, en un sens encore plus fâcheux.Le Comte de Rieux , Fils du Duc d’EIbœuf, eut une dispute avec lePrince de Tarente, Fils du Duc de la Trimouille, aussi fur la préséan-ce ; par ce que , au rapport de Talon , le dernier se flattoit depuisquelque tems de l’imagination d’une Principauté, que feu son père ,ni ses ancêtres n’avoient jamais prétendue. Monsieur le Prince entre-prit d’accommoder cette affaire. Le Comte de Rieux soûtint haute-ment son droit , & dit avec fierté, qu’elle n’étoit point de nature àêtre accommodée , qu’il y avoit une trop grande inégalité entre saMaison & celle du Prince de Tarente, pour les mettre en compromis.Le Prince de Coudé s’échauffa. 11 dit, que le Prince de Tarente étoitson Parent, & qu’il le soutiendroit en tout. Le Comte de Rieux ré-pliqua, que Son Altesse Roïale feroit ce qu’elle jugeroit à propos ,mais qu’il sauroit bien soutenir ses droits. Cette réplique fût accom-pagnée de quelques gestes, qui peut-être approchèrent trop Monsieure Prince , il donna un violent soufflet au Comte de Rieux. Celui-cie rendit , & s’étant retiré deux pas en arrière mit la main à l’épée &la tira à demi. Le Duc de Rohan se jetta sur lui & le poussa sur laterrasse du Luxembourg, car c’étoit-là le lieu de la séance. Le Princede Condé, outré de colère , prit la prémière épée qu’il trouva ; 011les sépara. Les Gardes du Duc d’Orléans se saisirent du Comte deRieux , & le menèrent à la Bastille.
D an s la prémière chaleur, on voulut pousser l’affaire aussi loin qu’el-le pourroit aller. On consulta les Gens du Roi. Talon, plein de gran-des idées fur la Majesté Roïale , dit, que la peine d’une offense faite àun Prince du Sang étoit arbitraire, que pour lui il la croioit digne demort ; mais que le Comte de Rieux aïant été offensé le prémier , lesJuges seroient obligés d’y faire attention, & qu’ainsi l’affaire dépen-
droit
4