DE LOUIS XIV. LIV. XV. ij>i
droit de la déposition des témoins, & de la manière dont le coupablese défendroit. Monsieur de Lamoignon fût d’avis, que cette affaire nefût pas traitée selon les formalités de la justice, dont l’évenement étoitincertain ; qu’il y avoit d’autres expédiens à prendre pour la terminer.Le Prince de Condé prit de lui-même ce parti. II avoit assez d’autresaffaires, fans s’embarraffer encore dans un Procès de cette nature, quipeut-être n’eut pas tourné à son avantage. II avoit tort. Un Princed’une Maison souveraine, établi dans un Roïaume étranger , est fansdoute inférieur aux Princes du Sang ; mais il ne l’est point allez, pourque ceux-ci puissent l’insulter, sans qu’il s’en ressente. De plus, tous lesGrands de la Cour qui se prétendoient de Maisons Souveraines, les Ducs& Pairs mêmes étoient pour le Comte de Rieux, parce que les Princesdu Sang s’élevoient trop au-dessus d’eux à leur gré. Ils espéraient quecette affaire, quelqu’iísuë qu’elle pût avoir , leur inspirerait quelquemodération , & leur serait sentir, qu’ils avoient tort de penser avoirla liberté de faire injure, sans être exposés à en recevoir. Le Prince'de Condé avoit besoin de cette leçon. II étoit né violent & impérieux.On peut bien juger , que son rang & son mérite personnel n’avoientpoint corrigé ces défauts. Sans Monsieur de Beaufort, il aurait tuéwallon Lieutenant-Général des troupes du Duc d’Orléans, peu de ternsaprès cette avanture.
Ces éclats, ces violences âffoiblissoient de plus en plus le parti ré-belle. La division, la défiance y règnoient, L’inaction de l’Armée, fafoiblesse , ses pillages, le rendoient tout à la fois odieux & méprisable.La Cour gagnoit du terrein. Tous les jours le nombre de ses partisansaugmentoit dans le Parlement & dans le Peuple. On avoit tout lieu d’espe-rer, que bientôt le Prince de Condé Raccommoderait sincèrement, ouqu’il se retirerait avec les Espagnols. Ces espérances pensèrent s’éva-nouir, & jamais on ne fût plus embarrassé, que lorsque l’on se croioiten état de donner la loi.
L e Comte de Fuensaldagne se rendit enfin aux sollicitations du Prin-ce de Condé, qui ne cessoit de lui demander du secours. Vers la mi-juillet il se mit en marche pour entrer en France. Le Duc de Lorraine,qui comptoit pour rien ses engagemens , le joignit. Cette Armée setrouva de vingt-cinq mille hommes. L’inquiétude de la Reine & duCardinal fût extrême. On n’avoit que huit mille hommes à opposeraux Princes & aux Espagnols. On pressentit le Duc de Longue villefur la retraite du Roi en Normandie. La réponse ne fût point favo-rable. Cette Province croioit avoir assez fait d’être demeurée fidelle,& ne vouloit point s’attirer la vengeance d’un parti, qu’elle regardoitdéjà comme triomphant. Dans les Conseils qui se tinrent, on repré-senta , qu’il étoit à craindre que la Cour ne fût enfermée entre Pa-ris & l’Armée d’Espagne ; qu’on pouvoit tout espérer , tandis que lapersonne du Roi ferait en sûreté, mais que tout serait perdu, s’il ve-noit à tomber entre les mains des Princes ou des Espagnols. Comme
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Le bon partiprend peu àpeu le des-sus.
Inquiétudeextrême dela Cour.