DE LOUIS XIV. LIV. XV. i-z
ne s’y fussent laissé enfermer mal à propos avec sept à huit cens che-vaux. Lorfqu’ils crurent pouvoir lé retirer, ils trouvèrent les passagesoccupés. On les assiégea. Ils furent obligés de capituler après deuxjours de liège, à condition que les Cavaliers ferviroient à pied & laif-feroient leurs chevaux à Pennemi.
L e Cardinal Mazarin joignit l’artifice aux sages précautions du Vi-comte de Turenne. Après avoir inutilement essaie de gagner le Ducde Lorraine , il lui écrivit, qrue puifqu’il vouloit absolument secourir lesPrinces, particulièrement le Duc d’Orléans, la Reine étoit déterminéede s’accommoder avec le Prince de Condé, & à le rendre maître desaffaires ; que par ce moyen, la guerre civile finiroit aux dépens duDuc d’Orléans ; qu’il devoit connoître le Prince de Condé , qui nemanquerait pas , dès qu’il ferait content, de le pousser lui .& les Espa-gnols. Le Courrier, qui portoit cette Lettre, avoit ordre de lé laisserprendre par les Espagnols. II donna dans un de leurs partis. II tìttout ce qu il falloit pour persuader qu’il étoit au désespoir d’être pris, Scque les dépêches, dont il étoit chargé, étoient de la dernière impor-tance. 11 fût mené au Comte de Fuenfaldagne. Lui & son Conseil fi-rent de grandes réflexions fur cette Lettre. 11 fût décidé, que Pintérêtde l’Efpagne étant de faire durer la guerre civile en France , on ne rendraitpoint le Prince de Condé íì supérieur, que la Cour fût forcée de Rac-commoder avec lui.
De s que le Comte de Fuenfaldagne fût retourné en Flandre, l’Ar-mée du Roi revint aux environs de Paris. Celle des Princes n’ófoit s’enéloigner, parce qu’elle étoit trop foible pour risquer un combat; sur-tout par ce qu’elle craignoit qu’en s’éloignant, le parti du Roi, quiaugmentoit tous les jours, ne devint tout-à-fait dominant. Les négo-ciations publiques & particulières continûoient toûjours à l’avantage dela Cour. Elle amufoit les Princes en écoutant' & en discutant leursprétentions, & par la connoissance qu’elle en donnoit au Public, elledévoiloit leurs intentions, & lui apprenoit jufqu’à quel point on l’avoitséduit. II n’avoit pourtant tenu qu’au Prince de Condé de s’accommo-der de la manière la plus avantageuse, lorsque l’Armée d’Espagne étoitfur le point d’entrer dans le Roïaume ; & fl , comme Passure Monsieurde Retz contre toute apparence, il avoit une extrême horreur de laguerre civile, il pquvoit la terminer à son honneur. On lui offrit pres-que tout ce qu’il avoit demandé quelques mois auparavant ; maisn’aïant plus auprès de lui les Ducs de Nemours & de la Rochefou-cault, qui le portoient à la paix, il n’écouta plus que les amis de Ma-dame de Longueville. Cette Princesse, outre la crainte de retourner auprèsde son mari, vouloit se vanger de la Duchesse de Châtillon fa rivale, & duDuc de la Rochefoucault, qu’elle haissoit encore plus qu’elle ne l’avoitaimé ; la continuation de la guerre lui paroissoit Punique moyen de se
délivrer de ses craintes & de satisfaire ses ressentimens.
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