I6s2.Nouvellespropositionsdu Prince deCondé pours’accommo-der.
Le Cardinalles rend en-core publi-ques pour ledécréditer»
í5>4 HISTOIRE
L’inutilite 7 de l’expédition da Comte de Fuensaldagne redonnaquelques pensées de paix. Le Prince fit proposer au Cardinal qu’il nedemanderoit l’exécution des conditions, qu'ou lui avoit offertes, quedans trois mois ; que ces trois mois expirés le Cardinal reviendrait ;qu’en un mot, il ne demanderoit rien jusqu’à ce qu’il fût de retour.Sa vue étoit, que fi pendant cette absence il pouvoit se rétablir à laCour , & s’y autoriser de manière , qu’il pût par lui-même faire réussir sesprétentions, il lui ferait aisé par des voies indirectes d’empêcher le Car-dinal de revenir. Que s’il ne pouvoit vaincre à cet égard l’inclinationdu Roi & de la Reine, il observerait sa parole. Cet artifice n’étoit pasdifficile à pénétrer. On ne disputa pourtant que sur la nomination decelui, qui ferait chargé de travailler à la paix générale. Le Prince , quivouloit apparemment joindre le titre de Pacificateur à celui de Héros,s’obstina fur cet article , prétendant même, par une vanité aflez malplacée , que lui seul pouvoit faire la paix, & qu’il la ferait quand • ilvoudrait. Certainement la manière dont il avoit négocié pour lui-mê-me n’obligeoit point le Public à penser comme lui de ses grands talenspour être Plénipotentaire.
Cette négociation rendue publique, comme toutes les autres quil’avoient précédée , fit grand bruit. Quand même le Cardinal eut agisincèrement, elle eut été sans effet. Tous ceux qui étoient attachés auRoi déclarèrent, qu’ils ne pouvoient souffrir , que toutes les récom-penses fustent données aux rébelles, tandis qu’ils feraient négligés ;qu’eux-mêmes ils empêcheraient le retour du Ministre, puisqu’il étoitattaché à des conditions fi dures & fi fâcheuses pour eux & fi injustespour le Public. Pour les négociations publiques, elles étoient au point,que pour en assurer le succès, il n’y avoit plus qu’une espèce de céré-monie à faire. Paris étoit las de la guerre, encore plus las du nouveauMaître à qui il s’étoit soûmis. La haine contre le Mazarin n’étoit plusni aveugle, ni furieuse ; cet aveuglement & cette fureur, à l’exceptiondes domestiques du Prince, étoient devenus le caractère de la canaille.On vouloit la paix, & pour la demander on ne souhaitait que de pou-voir le faire avec quelque bienséance, & sans paraître se démentir visi-blement & grossièrement de tout ce qu’on avoit dit pour justifier sesoppositions.
L a Cour instruite de ces dispositions, se résolut enfin de donner lesapparences qu’on attendoít pour se déclarer, & elle le fit de manière ,qu’elle en tira tous les avantages qu’elle pouvoit en prétendre, en con-servant même sa dignité. Cette apparence, cette cérémonie n’étoit au-tre chose que l’éloignement du Mazarin. La seule promesse qu’on enavoit faite avoit fort dérangé les projets des rébelles. Elle avoit étéfi bien reçue du Parlement & du Peuple , que le Duc d’Orléans & lePrince de Condé avoient cru devoir déclarer, qu’ils mettraient basles armes dès qu’elle aurait été exécutée ; on s’étoit même conduitde manière, que le retardement de ce départ ne pouvoit être attribué
qu’aux