Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

200

HISTOIRE

I6s2.on refuse lespasseports.

Le parti duPrince deCondé re-prend denouvellesforces-

me le Roi ne reconnoissoit point de Parlement à Paris, on pria Mon-sieur Talon de se charger de cette commission. Tout malade qu’étoitce Magistrat, le zèle sincère qu il avoit pour sa patrie l’y ht consentir.Mais la Cour tint ferme à ne point reconnoitre de Parlement, & refu-sa les passeports.

Les affaires du Prince de Condé par rapport à la guerre étoientaussi délabrées que fa politique & ses intrigues. II venoit de perdreMontrond, place extrêmement forte dans le Berri. II y dut être d’au-tant plus sensible que c'étoit en partie sa faute. II n’avoit tenu qu’à luid’en faire lever le siège ou d’en augmenter la garnison, pendant que leMaréchal de Turenne s’étoit éloigné de Paris pour observer lArtnée d’E-spagne. En Guienne , Agen & plusieurs Villes avoient ouvert leurs por-tes au Roi. Les habitans de Perigueux poignardèrent leur Gouverneur& chassèrent la garnison. Bourdeaux étoit partagé en tant de factions,qu’il étoit impossible de le garder longtems. Le Parlement, le Peuple,le Prince de Conti, la Duchesse de Longueville étoient divisés. L’Ar-mée de Paris étoit fossile & ffôsoit se montrer. Dans cette extrémitéles choses changèrent tellement, qu’il s’en fallut bien peu que ce partipresqu’accablé ne reprit tout-à-fait le dessus.

L’Armee du Duc de Lorraine étoit restée fur les frontières ; celledu Roi ne pouvoit s’éloigner. II falloit garder la Cour qui étoit à Pont-oise, & soutenir le parti qu’elle avoit dans Paris. Ce Duc s’étoit en-gagé aux Espagnols de se joindre à l’Armée des Princes. Pour le faireplus sûrement, &afinqu’onne fit pas tant d’attention k ses mouvemens,il négocioit. On ne se fioit pas à lui entièrement, mais on ne laif-soit pas de l’ecouter. Le Vicomte de Turenne, sachant qu’il s’avan-çoit vers la Brie pour gagner les bords de la Seine entre Paris & .Cor-bie, passa la Marne à Lagni ; résolu de le combattre, & campa au pe-tit Village de St. Germain près de Cressy en Brie. II reçut ordre d’y re-ster , & de ne rien entreprendre contre le Duc de Lorraine , à moinsqu’il n’entreprît de marcher vers Paris, & qu’en ce cas il fit de son mieuxpour empêcher fa jonction avec l’Armée des Princes. Cet ordre étoitfondé fur les promesses qu’avoit fait ce Duc de demeurer où il étoit,jufqu’à ce que son traité fût achevé ou rompu. Son but étoit de déro-ber quelque marche pour entrer dans Paris, ou joindre les Princes lansen venir à une bataille.

Sagesse, in- L e Vicomte de Turenne, qui comptoit pour rien les promesses detrépidite du ce Prince, ne douta point de son dessein. Quelques précis que fussentVicomte de les ordres de la Cour , il aima mieux risquer fa tête en désobéissant, queTurenne. j e souffrir que le Roi fût la dupe de ce Prince infidèle. II marcha àBrie Comte-Robert pour être plus à portée de lui barrer le chemin. IIavoit déviné juste. Ses Maréchaux-des-logis & ceux de Pennemi se ren-contrèrent à Brie Comte-Robert. Au-lieu d’y aller il tourna vers Ville-neuve St. George, où il jugeoit que le Duc de Lorraine vouloit aussi

se

Le Duc deLorrainevient à sonsecours.