Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

HISTOIRE

!6sZ.

II se brouilleavec Fuen-saldagne,

Tarn. J. pag.

aii.

Turenne em-pêche lesiège deGuise.

246

toit point picqué personnellement, s’y opposa. II représenta la lassi-tude des troupes , particulièrement celle de l’infanterie , après unemarche fi longue, & que la chaleur excessive avoit rendu si pénible ;que le repos d’une nuit les remettroit ; que l’Armée de France ne pou-voit leur échapper; qu’un délai si court ne pouvoit pas lui suffire pourse mettre en sûreté. 11 suffit pourtant, on y travailla toute la nuit, onperfectionna les travaux qu’on avoit faits, & on y en ajouta de nou-veaux ; de manière, que le lendemain 011 la trouva si avantageusementpostée, qu’on ne peníà plus à l’attaquer.

L e Prince de Condé au désespoir d’avoir laissé échapper une occasionde vaincre, que son ardeur lui avoit fait paroítre immanquable , éclattaen reproches contre le Comte de Fuensaldagne, & ils en vinrent à desparoles aigres; la mésintelligence se mit entr’eux , on s’en apperçutle reste de cette Campagne, & les suivantes. Une foule d’Ecrivains ont

décidé, que les reproches & les plaintes du Prin-ce de Condé étoient

justes ; ils n’ont pas fait attention à la solidité des oppositions duComte de Fuensaldagne , ni à la situation de l’Armée Françoise. Pour

montrer qu’ils n’étoient pas instruits, ou que la prévention les a fait

parler , je n’ai qu’à rapporter ce que Mr. de Turenne a écrit à cetteoccasion. Voici ses propres termes. „ On a dit, que ce jour Mon-„ sieur le Prince vouloir combattre , mais que les Espagnols l’en em-„ pêchèrent. Je crois que la difficulté vint par leur longue marche,„ & que l’Armée du Roi aïant changé de poste, cela les obligea à faire„ un grand tour , qui leur fit perdre du tems, & en donna à celle du„ Roi de fe bien retrancher; ce qui étant, il n’y avoit plus d’appa-„ rence , que ni Monsieur le Prince , ni les Espagnols eussent voulu„ combattre. II est vrai qu’avant que d’avoir changé de poste, l’Ar-„ mée du Roi couroit grand danger “.

Les deux Armées furent trois ou quatre jours en présence. Ils sepassèrent en des escarmouches continuelles, qui n’aboutirent à rien dedécisif ; les Espagnols décampèrent les prémiers ; ils marchèrent vers St.Quentin. Leur dessein étoit d’affiéger Guise. Le Vicomte de Turennele soupçonna. II détacha Mr. de Eeaujeu un de ses Lieutenant-Généraux,avec douze cent chevaux & six cent fantassins en croupe, pour fe jetterdans cette place ménacée. L’Armée d’Espagne avoit la moitié du che-min à faire , mais outre qu’un détachement marche plus vite qu’une Ar-mée entière, la division s’y mit. Les Lorrains refusèrent de marcher àce siège , fous prétexte, que la Ville appartenoit au Duc de Guise pa-rent de leur Souverain. La vraie raison étoit, que les Villes qu’onprendroit en France dévoient appartenir au Prince de Condé, & que leDuc de Lorraine n’étoit pas d’humeur à contribuer à lui faire une Prin-cipauté , fur-tout aux dépens de fa Maison. II fallut du tems pour luifaire changer de sentiment. Mr. de Eeaujeu profita de ce retardement& entra dans Guise, presqu’au même instant que la cavallerie ennemie pa-rut pour sinvestir ; un si puissant secours leur fit abandonner l’entre-

prife.