DE LOUIS XIV. L IV. XVII. 2si
sonnable de penser, qu’un homme , qui y est à chaque instant, veuilleautant s’exposer que des Officiers, qui n’y allant qu’à leur tour se pic-quent plus facilement d’honneur, pour faire avancer les travaux.
J’entre volontiers dans tous ces détails, pour faire sentir, quele poste d’un Général est, du moins, aussi pénible, qu’il est honorable ;qu’il demande l’eíprit le plus solide , le plus judicieux & le plus appli-qué : qu’on n’y est point propre, à moins qu’on ne soit encore plus at-tentif, plus vigilant, qu’on n’est vaillant. La guerre est une vraie sci-ence , elle a des principes sûrs; & à parler en général , c’ést 1 ignorance ,qui produit ce qu’on attribue communément au hazard. Cette science,tout à la fois si nécessaire & si fatale, a eu comme les autres ses variations.Turenne & Montécuculi l’ont portée de leur tems au plus haut point deperfection. Depuis eux elle a dépéri. Ce n’est pas, qu’il n’y ait eu defameux Capitaines. Luxembourg, Vendôme, le Prince Eugène, Marl-borough, Villars ont fait de grandes choses ; mais les a-t’on vû se con-duire avec cette finesse & cette circonspection en quoi consiste l’habileté ?Les grandes Armées, qu’ils ont eu à gouverner, les leur rendoient im-possibles. Ils ont dû presque toutes leurs victoires à la grande supério-rité de leurs forces, à la multitude des soldats qu’ils ont sacrifiés, ouaux fautes grossières de leurs ennemis. Ils ont vaincu contre les règles,si je puis ainsi m’exprimer, & souvent, ils ont dû être surpris eux-mê-mes de leurs succès.
Aussi-tôt que Mr. de Turenne se fût rendu maître de Mouzon ,ìl marcha vers Rocroi pour tenter d’en faire lever le siège, ou plûtôt, pourcontinuer à déconcerter les projets de l’ennemi. Les deux Armées ne fi-rent que des marches & des contremarches, & consumèrent chacuneles fourrages de leur frontière. Le siège de Rocroi avoit fort diminuéP Armée d’Espagne ; celle de France au-contraire étoit augmentée par lestroupes de Guienne, qui l’avoient jointe. L’habileté du Vicomte à con-tenir l’ennemi avec des forces inégales , détermina le Cardinal Mazarin kfaire une nouvelle entreprise. On assiégea Ste. Menehoud. Elle fûtinvestie le vingt-deux d’octobre par Mrs. de Navailles, de Castelnau &d’Uxèlles, tous trois Lieutenans - Généraux. La Cour s’étoit avancéeà Châlons fur Marne.
Louis quatorze, avec le Cardinal Mazarin se montra à ses troupes,& visita les divers quartiers, qu’on avoit établis autour de cette Place.La tranchée fût ouverte la nuit du dernier octobre au prémier novembre ;on la poussa jufqu’au bord de la rivière ; on fit un logement ; on dres-sa une batterie, à la faveur de laquelle on prétendoit la passer. Lesassiégés se logèrent de l’autre côté, & firent un si grand feu, qu’il fûtimpossible de construire un pont; on s’opiniátra pendant dix jours à cet-te attaque inutile. La Cour murmura de ce retardement. Les troisLieutenans Généraux en rejettèrent la faute l’un fur l’autre. Ils étoient aussicapables, qu’aucun autre Officier qu’il y eût en France. Castelnau , enparticulier, avoit de la réputation pour les sièges, mais ils ne purent
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Peu ont sû laguerre com-me lui.
Ste. Mene-houd assié-gée & prisepar les Fran-<; ois.